Activités réalisées

De fascinantes perspective sur la diversité dans le pays le plus populeux d'Afrique se dégagent d'une table ronde tenue au Nigeria

Composer avec des tensions ethniques solidement ancrées représente un des écueils entre lesquels il faut naviguer pour gouverner le pays le plus populeux de l'Afrique subsaharienne, le Nigeria, une fédération qui abrite 135 millions d'habitants.

La question des tensions ethniques était omniprésente lors de la table ronde sur la diversité dans les systèmes fédéraux tenue récemment à  l'université d'Ibadan. Vingt-six experts y ont pris part.

Le pays est composé de trois principaux groupes ethniques : les Haoussas/Foulanis, musulmans et habitant le nord du pays; les Ibos, chrétiens et occupant le sud-est; et les Yorubas, pratiquant diverses religions et se retrouvant majoritairement dans le sud-ouest. Le pays abrite également des centaines d'autres minorités ethniques, et à  peu près autant de musulmans que de chrétiens. Viennent s'ajouter au tableau des disparités régionales tant sur le plan social qu'économique et des revendications régionales, surtout dans le nord du pays, une région pauvre à  prédominance musulmane, et dans le delta du Niger au sud, une région pourtant riche en pétrole, mais laissée pour compte sur le plan écologique et économique.

Ces tensions ont entraîné une guerre de sécession de 1967 à  1970, la chute de trois républiques démocratiques, une succession de coups d'État militaires, d'incessantes manifestations de violence ethnique et politique, et des demandes de réformes constitutionnelles ou de restructuration politique de la fédération qui demeurent toujours insatisfaites.

Voici donc la toile de fond des discussions lors de la table ronde sur la diversité et l'unité dans les pays fédéraux qui s'est tenue au Nigeria. Cette activité organisée par le département de sciences politiques de l'université d'Ibadan était financée par le Forum des fédérations.

Les participants à  la table ronde ont pris part à  une discussion franche, nourrie  mouvementée et souvent informelle sur les multiples défis et dilemmes que pose la diversité dans la fédération nigériane. Le dialogue s'est tenu dans le cadre de cinq sénces d'une heure, chacune vouée à  un des thèmes suivants:

  • les principes constitutionnels et les concepts liés à  la diversité dans le fédéralisme nigérian;
  • la diversité socio-économique, démographique et liée à  l'espace au Nigeria;
  • l'identité culturelle et la diversité politique et institutionnelle au Nigeria;
  • composer avec la diversité au Nigeria;
  • un survol des questions de portée générale et des idées novatrices d'importance mondiale.

Les trente dernières minutes de la table ronde ont été consacrées à  un sommaire des conclusions, ainsi qu'à  l'évaluation et à  la clôture de l'activité.

Les échanges reflétaient la diversité des points de vue en ce qui concerne les problèmes liés à  l'unité et à  la diversité au Nigeria. La divergence des opinions sur des questions-clés en matière de résolution de conflits liés à  la diversité dans la fédération illustrait bien les fractures culturelles et régionales au sein de la société nigériane en général. Voici certaines de ces questions-clés:

  • Le gouvernement fédéral devrait-il transférer le contrôle des ressources pétrolifères aux collectivités locales du delta du Niger pour juguler la présente insurrection dans la région?
  • Un tel contrôle local sur les ressources serait-il conciliable avec le principe selon lequel le développement de l'ensemble du pays devrait être encouragé et permettrait-il de tenir compte des régions disposant de peu de ressources et désavantagées sur le plan du développement?
  • Les revendications pour l'application de la shari'a dans les États à  majorité musulmane sont-elles compatibles avec le principe d'unité dans la diversité au Nigeria?
  • L'interdiction constitutionnelle de former des partis sectaires et l'exclusion des questions ethnoreligieuses des recensements nationaux constituent-elles des solutions appropriées aux problèmes posés par la diversité au Nigeria?
  • Quels changements constitutionnels sont-ils requis pour mieux concilier ou gérer la diversité au Nigeria?
  • Comment arriver à  un équilibre fonctionnel ou un compromis viableau sein de la fédération nigériane ? Plus encore, comment trouver un équilibre entre centrisme, intégration nationale et reconnaissance non centriste des différences, y compris de la jeunesse non sectaire et des identités liées aux genres?

Le dialogue a donné cours à  des points de vue contradictoires mais revigorants. Toutefois, d'importantes convergences ont aussi été notées. Par exemple, le fait que la constitution en vigueur, adoptée en 1999 par un régime militaire, est inapte à  concilier adéquatement les diversités du pays en raison de son manque de légitimité et de son extrême centralisation a fait l'unanimité. Tous ont par ailleurs très bon espoir que la consolidation du régime civilà l'accession de Umaru Musa Yar'Adua à  la présidence en mai 2007 en constitue un volet à représentera un exemple à  suivre et saura garder le processus de transition à  l'écart des excès hypercentralisateurs des régimes militaires précédemment au pouvoir.

Les participants ont en outre reconnu que l'idée d'une fédération nigériane unie gagnait de plus en plus en légitimité, et ce, en dépit de la persistance des revendications ethniques, régionales, religieuses et socio-économiques au pays.

Ils ont également noté que les présentes difficultés rencontrées en matière de fédéralisme et de diversité au Nigeria étaient étroitement liées à  une crise beaucoup plus grave touchant la gestion économique et la démocratisation au pays. La mauvaise gestion des ressources pétrolifères du pays et la corruption au sein du processus électoral sont au banc des accusés.

De ce fait, les participants ont proposé diverses solutions visant à  améliorer la faà§on dont le Nigeria compose avec la diversité, dont la révision de la constitution fédérale, la réforme de l'administration électorale, le renforcement du contrôle législatif, la promotion des valeurs et des processus démocratiques au sein des partis et entre ceux-ci, et l'application de la responsabilité fiscale au système public de gestion financière.

Enfin, tous se sont entendus pour déclarer la journée de table ronde des plus utiles et ont évoqué la nécessité d'un dialogue constant entre les divers groupes du pays afin que le Nigeria atteigne ces objectifs en termes d'unité, de démocratie et de développement.  

Les discours d'ouverture et de clôture ont été prononcés par Adigun Agbaje, prof. et vice-chancelier adjoint de l'université; Bayo Okunade, prof. et président du département de science politique de l'université; et Rotimi Suberu, prof. et coordonnateur de la table ronde.        

L'activité a réuni 26 universitaires, militants de la société civile, fonctionnaires et politiciens, pour certains des experts contribuant substantiellement aux pourparlers constitutionnels ou aux débats publics de portée plus générale ayant cours au pays.

Parmi les participants à  la table ronde, on retrouvait des chercheurs reconnus dans le domaine public, des spécialistes en sciences sociales et des conseillers gouvernementaux, dontJohn Ayoade, prof.; Bello-Imam, prof.; Festus Egwaikhide, prof.; Stanley Okafor, prof.; Ayo Olukotun, prof.; Alaba Ogunsanwo, prof.; et Oyeleye Oyediran, prof. Y ont également pris part : Hajiya Bilkisu Yusuf, éminent journaliste et défenseur des droits des femmes musulmanes; Wale Okediran, Ph. D., ancien parlementaire fédéral et président actuel de l'association des auteurs nigérians; Alhaji Jeleel Agboola, membre du parti d'opposition All Nigerian Peoples Party (ANPP) qui puisent ses racines à  Ibadan; Solomon Benjamin, chercheur principal en matière de fédéralisme au Nigerian Institute of Social and Economic Research (NISER); et Babagana Ibrahim, du Federal Road Safety Corps.

La table ronde a en outre réuni de jeunes universitaires et praticiens nigérians, dont Abubakar Oladeji et Nathaniel Danjibo, Ph. D. et Antonia Simbine, Ph.D., NISER; Sofiri Joab-Peterside, Ph. D., Center for Advanced Social Science (CASS); Eyene Okpanachi, ministère de l'Éducation de l'État de Kebbi; Sonia Akinbiyi, magistrature de l'État d'Ogun; Shola Omotola, Redeemer’s University; Remi Aiyede, Ph. D., Victor Isumonah, Ph. D., Stephen Lafenwa, Ph. D., et Irene Pogoson, Ph.D., département de sciences politiques de l'université hôte de l'activité.

Par Rotimi Suberu, coordonnateur de la table ronde        

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