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À Moscou, Andreas Heinemann-Grüder (au centre), coordonnateur de la table ronde tenue en Russie, mène une discussion des plus animées sur l'état du pluralisme en Russie. Vladimir Streletskii (à gauche); Irina Busygina (à droite) et Ildar Gabdrafikov (à l'extrême droite) se trouvent également sur la photo.
Le nouveau fédéralisme russe restreint l'influence des communautés ethniques à table ronde
Une table ronde tenue en Russie sur le thème de la diversité dans les systèmes fédéraux a réuni des experts réputés tant de Moscou et que de diverses régions ethniques, dont le Nord-Caucase, la région de Volga et la Sibérie.
L'activité était parrainée par le Forum des fédérations et la Fondation Friedrich Ebert.
Les participants ont présenté 14 exposés portant sur quatre enjeux clés : (1) le cadre constitutionnel et juridique de la Russie, (2) les changements dans la composition ethnique de la Russie et l'identité nationale des non-Russes, (3) les relations intergouvernementales et les systèmes politiques dans les régions ethniques, et (4) certains mécanismes de règlement des conflits bien précis (par exemple l'asymétrie, le rôle des partis, et la politique redistributive).
Les débats des plus animés du séminaire se sont surtout penchés sur les « leà§ons tirées » du fédéralisme au cours des mandats des anciens présidents Boris Yeltsin et Vladimir Poutine, sur le fonctionnement des relations intergouvernementales dans la pratique, et sur l'efficacité et la durabilité du régime gouvernemental hautement centralisé de M. Poutine. Les participants ont souligné le fait que le fédéralisme est perà§u comme un régime foncièrement instable qui doit constamment trouver un équilibre entre les intérêts du centre et des régions.
Tranchant avec l'image officielle véhiculée par le gouvernement de M. Poutine, soit celle d'une hiérarchie administrative fonctionnelle, les exposés ont fait ressortir :
- le manque de communication entre les ordres de gouvernement central et régionaux,
- les énormes disparités socio-économiques entre les régions,
- le manque de transparence,
- l'importance de la corruption et de l'individualisme, et les risques d'activisme islamique dans le Nord-Caucase.
Selon plusieurs participants, l'établissement de sept districts fédéraux par le gouvernement de M. Poutine n'a fait qu'ajouter à la bureaucratie hiérarchique sans pour autant améliorer l'efficacité administrative. Les gouverneurs régionaux, qui sont à présent nommés plutôt qu'élus, ont été réduits au statut d'administrateurs relevant du gouvernement central, mais devant tout de même faire valoir les intérêts des groupes régionaux d'entreprises.
C'est avec scepticisme que les participants envisagent à présent la Constitution russe; ils ne considèrent plus que ce document comme faisant autorité et ayant force exécutoire. En fait, dans la conjoncture politique actuelle, le rôle de la Constitution n'est plus très clair. La popularité de M. Poutine ne se fonde pas sur un penchant russe pour l'autoritarisme, mais plutôt sur la croyance selon laquelle un centre fort tend à accorder des subventions aux régions.
Pour ce qui est de la diversité du pays, le plus récent recensement (2002) indique que le poids relatif des communautés ethniques de la Russie a légèrement diminué, alors que la composition et la configuration des groupes ethniques sont restées relativement stables. Les participants considèrent que les résultats du dernier recensement ne sont pas fiables, les données de plusieurs régions ethniques ayant été délibérément faussées pour des motifs politiques, soit par exemple, pour justifier la place privilégiée occupée par les membres d'un certain groupe ethnique aux dépens des autres groupes. En matière de différences religieuses, le tableau s'avère moins clair â' il y a de plus en plus de musulmans, mais leur identité politique se révèle diverse.
La diversité religieuse revêt moins d'importance dans la région de Volga que dans le Nord-Caucase. En effet, dans les communautés non russes du Nord-Caucase, la méfiance et le sentiment d'aliénation vis-à -vis du centre ne font que croître, et les membres de la communauté russe quittent la région. Actuellement, la répression gouvernementale touche surtout les musulmans salafistes, wahhabites et sunnites du Nord-Caucase.
En général, les régions ethniques sont dotées des régimes les moins démocratiques. Toutefois, « l'ethnicisation » des régimes au profit de certains groupes ethniques, de mise au départ, fait maintenant marche arrière. Alors que M. Poutine était à la tête du pays, les « ministères du pouvoir » ont nommé à certains postes des politiciens non autochtones, vétérans des services militaires et de sécurité maintenant révolus. La plupart des groupes ethnonationalistes de la première moitié des années 1990 se sont scindés en factions à mesure que les identités régionales gagnaient en importance. Toutefois, le comportement électoral des communautés non russes suit encore un axe visiblement ethnique. Alors que M. Poutine gouvernait le pays, les conditions économiques se sont améliorées dans les régions ethniques les moins nanties. Les républiques ethniques ne bénéficient toutefois pas des mêmes privilèges qui leur étaient accordés lorsque M. Yeltsin était au pouvoir.
Les tendances centralisatrices du régime de M. Poutine en toile de fond, les participants se sont en outre demandé dans quelle mesure le fédéralisme pouvait se révéler compatible avec l'autorité hiérarchique, et jusqu'à quel point le pouvoir de la présidence russe se prêtait à la centralisation. Dans le système actuel, le fédéralisme ne représente pas un moyen pour les politiciens et les partis politiques (hautement centralistes) d'accéder au pouvoir. Il n'existe donc aucune motivation électorale les incitant à tenir compte des intérêts des minorités. Les débats ont mené à une importante conclusion : pour fonctionner, le fédéralisme doit s'appuyer sur la démocratie, la primauté du droit, la protection des droits fondamentaux, et des mécanismes fiables de gestion des conflits. Dmitri Medvedev est maintenant à la tête du pays et les avis sont partagés sur ce que cela signifie pour l'avenir du pays. La plupart des participants ont exprimé leur mécontentement face au rétablissement du fédéralisme de type soviétique. Certains ont dit espérer un assouplissement similaire à ce qui s'est produit lorsque le gouvernement de Nikita Khrushchev, leader de l'Union soviétique de 1953 à 1964, était au pouvoir.
La table ronde représente un des volets du programme Un Dialogue sur le fédéralisme, présenté par le Forum et l'Association internationale des centres d'étude du fédéralisme. Andreas Heinemann-Grüder et Irina Busygina étaient les coordonnateurs de cette activité tenue le 28 février 2008 à l'Institut MGIMO de Moscou.
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