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George R. M. Anderson est président et directeur général du Forum des fédérations depuis 2005. Il a œuvré au sein de la fonction publique fédérale du Canada pendant plus de trente ans. Il y a entre autres occupé les postes de sous-ministre de Ressources naturelles Canada (2002-2005) et de sous-ministre des Affaires intergouvernementales, Bureau du Conseil privé (1996-2005). Il a également occupé des postes de sous-ministre adjoint au sein des ministères de l'Énergie, des Finances et des Affaires étrangères. Il est diplômé de l'Université Queen's, de l'Université Oxford, ainsi que de l'école nationale d'administration à Paris, et il a été boursier au Center for International Affairs de l'Université Harvard de 1992 à 1993. Enfin, il est l'auteur du livre Federalism: An Introduction (Oxford University Press: 2008) et membre du conseil de l'Université Queen's à Kingston, Ontario. |
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Marchés, géopolitique, sécurité énergétique et durabilité des ressources(TRADUCTION)Aborder le vaste sujet des marchés, de la géopolitique et de la sécurité énergétique devant un auditoire composé de tels experts constitue tant un honneur qu'un défi de taille. Je me propose tout de même de pousser plus avant et de discuter également d'un concept qui a fait l'objet de maints débats au cours du présent congrès à la durabilité des ressources. Les marchés, la géopolitique et la sécurité énergétique demeureront des enjeux cruciaux de notre avenir énergétique, mais la question de la durabilité des ressources prendra de plus en plus de place. Ce sujet demande une certaine humilité en raison de sa complexité et de son ampleur ainsi que des incertitudes qui existent encore. Je n'essaierai donc pas d'amalgamer tout cela en une théorie globale en à peine vingt minutes. Je tenterai plutôt de présenter certaines questions et observations pour appuyer notre réflexion à propos de l'énergie au vingt et unième siècle et des différences entre le passé et l'avenir en matière énergétique. La géopolitiqueImaginons que ce congrès ait lieu environ trente ans plutôt, disons en septembre 1973. Nous serions à l'aube de la plus importante révolution géopolitique des temps modernes en matière énergétique aux deux chocs pétroliers et tout ce qui en a découlé. Combien d'entre nous auraient prédit ces chocs? Ou anticipé que les cours du pétrole retomberaient à un niveau beaucoup plus bas? Combien auraient pressenti l'expansion de la mer du Nord ou la brusque augmentation de la production dans le golfe du Mexique? Combien auraient prévu les immenses progrès accomplis dans les domaines de la technologie marine, du forage horizontal et des techniques sismiques ainsi que la réduction des coûts dans les sables bitumineux et les GNL? Combien auraient deviné les changements substantiels dans le système géopolitique mondial à la chute de l'empire soviétique ainsi que l'émergence d'une économie de marché extraordinairement robuste en Chine et, de plus en plus, en Inde avec tout ce que cela implique pour l'approvisionnement et la demande énergétique? Nous avons été témoins de trois extraordinaires décennies de confusion et de surprises sur la scène énergétique mondiale. Toutefois, avec le recul, l'ampleur du rôle joué par la géopolitique dans l'évolution énergétique est frappante. Les chocs pétroliers étaient des phénomènes de nature géopolitique. Bien sûr, l'emprise de certains producteurs sur le marché les ont rendus possibles et les cours du pétrole ont finalement été remis au pas par la réaction du marché au marché a donc pesé dans la balance - mais ce sont des facteurs géopolitiques qui ont déclenché les deux chocs et non le fonctionnement normal des marchés. La hausse des cours qui a suivis à mener à la mise au point de plusieurs nouvelles technologies - non seulement dans le domaine de l'extraction du pétrole, mais aussi dans le domaine des énergies de remplacement et de l'utilisation énergétique - ainsi qu'à l'extraction dans des provinces où le coût de production était prohibitif, notamment dans des zones au large des côtes. De la même façon, la fin de l'empire soviétique et les changements vertigineux en Chine étaient d'abord et avant tout de nature géopolitique, mais ils ont eu de considérables répercussions sur l'approvisionnement et la demande énergétique mondiale. Des facteurs géopolitiques majeurs ont d'importantes ruptures ou de profondes mutations dans la nature géopolitique des relations internationales -joueront-ils un rôle aussi décisif dans l'évolution énergétique des trente prochaines années? Je pose cette question alors que le terrorisme a pris le devant de la scène, que la guerre sévit toujours en Irak, qu'un accord de paix entre le monde arabe et Israël semble ne jamais devoir se conclure et que les relations entre le monde musulman et l'Occident demeurent extrêmement tendues. Il serait en effet téméraire de se croire à l'abri des imprévus sur le plan géopolitique. Certains imprévus sont les bienvenus - comme la fin du communisme - d'autres moins. Je ne désire pas ici me perdre dans les conjectures sur différents scénarios géopolitiques, mais je me permettrai toutefois quelques observations. Tout indique qu'en ce qui concerne le pétrole, la dépendance du marché à l'endroit de l'OPEC augmentera de façon significative, plus particulièrement vis-à -vis des états du Golfe. La région du Golfe constituera donc, plus que jamais, l'arène géopolitique du système pétrolier mondial. Divers scénarios sont envisageables pour cette région- d'une certaine stabilisation de l'Irak et de la région en général à des constats beaucoup plus inquiétants. La Russie et les anciens états soviétiques deviendront probablement des joueurs plus importants en matière d'exportation de pétrole (et de gaz) et il est clair que certains facteurs géopolitiques propres à la région pourraient avoir des répercussions sur le cours des événements. Je m'en remets à M. Chubais à ce propos. Du côté de la demande, les dynamiques économies de la Chine et de l'Inde à pour ne nommer que les plus déterminantes - prendront de plus en plus de place sur la scène mondiale sur les plans économique et politique, et constitueront certains des principaux importateurs de pétrole en provenance du Golfe. Ces économies présentent en outre une plus grande dépendance pétrolière que les pays de l'OCDE et demeurent donc plus vulnérables aux fluctuations des cours du pétrole. Nous pouvons ainsi nous attendre à ce que la Chine et l'Inde deviennent des acteurs de premier plan sur la scène géopolitique en matière énergétique. Il est certain que les échanges mondiaux liés au gaz augmenteront considérablement, mais il semble peu probable qu'ils auront le même poids dans les relations géopolitiques que le pétrole. Contrairement au marché du pétrole, le marché du gaz n'est pas entièrement mondialisé et les importateurs disposent généralement de sources plus variées ou sinon plus stables sur le plan politique. Certains prédisent l'émergence éventuelle d'une «Gaspec », mais la plupart en font peu de cas. Dans le même ordre d'idées, le commerce mondial du charbon s'intensifiera, sans toutefois occasionner un grand nombre de conséquences sur le plan stratégique. Même si aucun imprévu ne survient sur la scène géopolitique, on peut présumer que les grands importateurs de pétrole s'inquiéteront de plus en plus de leur degré de dépendance vis-à -vis le pétrole du Golfe. Si un imprévu entraînant des conséquences néfastes substantielles pour les marchés du pétrole devait survenir - une interruption prolongée de l'approvisionnement ou une importante hausse des cours - pourrait représenter la goutte qui fait déborder le vase en matière de stratégies géopolitiques et de politiques visant à assurer la sécurité de l'approvisionnement en pétrole. Les marchésParlons maintenant des marchés. Les marchés énergétiques du vingtième siècle ne constituaient en général pas des marchés entièrement libres. Ils devaient faire face à toute sorte d'interventions visant à protéger les producteurs ou les consommateurs; stabiliser les prix; limiter ou encourager la demande pour un produit en particulier; et garantir la sécurité à long terme. Ces interventions reflétaient tant les philosophies professées que les intérêts politiques. Les contextes politiques ont ainsi été grandement influencés par l'importance des intérêts associés à la production de charbon, de pétrole et de gaz, ainsi que de l'évolution de la protection du consommateur et des subventions aux consommateurs. Tout au long du vingtième siècle, les forces du marché et les intérêts des producteurs de pétrole n'allaient pas de pair. Lorsque le pétrole coulait à flots, le marché tendant à faire chuter les prix et à favoriser la production dans les zones produisant au moindre coût. Cette opposition entre les forces du marché et les mesures ingénieuses prises par divers producteurs pour les contrer - comme le contingentement, les droits d'importation sur les produits pétroliers pour protéger les producteurs locaux, et la formation de cartels internationaux ont constitué l'essentiel de l'histoire de l'industrie pétrolière. La logique derrière certaines de ces stratégies de gestion des marchés est généralement que la stabilité des prix ou l'établissement d'un prix plancher peut être bénéfique, ce qui pourrait se révéler véridique. Mais il y a toujours le risque que les groupes d'intérêt dépassent les bornes. Et comment réconcilier les considérations à court et à long termes? La politique des états-Unis visant à encourager son industrie nationale, par exemple, a fait en sorte que ses ressources pétrolifères ont été exploitées plus tôt et à des coûts relativement bas. Les prix élevés imposés par l'OPEC à la suite des chocs pétroliers ont donc ouvert la voie à la spectaculaire chute des cours et des parts de marché de l'OPEC qui s'en est suivi. En fait, s'attendre à ce qu'à elles seules les forces du marché façonnent les économies axées sur l'énergie à travers le monde n'est pas réaliste. Cela étant dit, les mécanismes du marché sont tenus en bien meilleure estime qu'il y a quinze ou vingt ans - c'est notamment le cas dans les économies en transition et en développement. De plus, les pays de l'OCDE s'assurent avec beaucoup plus de rigueur de la compatibilité de leurs politiques énergétiques avec le marché, et ce, même lorsqu'ils envisagent d'intervenir dans le marché énergétique - les mécanismes utilisés sont de plus en plus conçus afin de profiter des forces du marché, les échanges de droits d'émission, par exemple. Les principales questions de l'heure à propos du rôle des marchés ont surtout trait aux conditions pour l'investissement - surtout dans les domaines de l'électricité et du pétrole. L'Agence internationale de l'énergie a effectué un travail inestimable en examinant les besoins à long terme du secteur mondial de l'énergie en matière d'investissement. L'Agence se demande si au moins quelques pays en développement arriveront à réunir les fonds nécessaires pour répondre à leurs énormes besoins en investissement dans le secteur de l'électricité. En effet, pour certaines nations, il est délicat sur le plan politique d'ajuster des marchés gravement déséquilibrés où les producteurs d'électricité ne reçoivent qu'une fraction du coût des services et les consommateurs bénéficient de subventions. L'AIE est aussi préoccupé par la possibilité que les marchés des pays de l'OCDE ne se prêtent pas à la libéralisation des marchés de l'électricité. Il semble donc que pour les investisseurs privés, il est nécessaire de passer le test du marché. Si des fonds privés sont requis, il faudra satisfaire les critères des investisseurs privés. L'investissement dans le secteur du pétrole suscite également des interrogations: Les conditions au Moyen-Orient favoriseront-elles l'investissement de manière à ce que la croissance de la production de pétrole de la région compte pour deux tiers de la croissance mondiale d'ici 2030. Les besoins en investissement de la région sont relativement faibles - les coûts de production sont bien moins élevés que dans d'autres régions, les sables bitumineux au Canada, par exemple, mais il s'agit de fonds très importants sur le plan stratégique. Si ces pays décident de freiner les investissements en général ou simplement en restreignant les investissements étrangers, ce pourrait entraîner une hausse des cours du pétrole, affaiblir la croissance économique mondiale et réduire les revenus des pays de l'OPEC, ce qui n'est pas rien. Bien sûr, ces questions sont étroitement liées à la stratégie de l'OPEC - ou à ce que les divers membres aimeraient qu'elle soit. Il y a cependant d'autres ramifications, car au sein des grands pays exportateurs de pétrole, le rôle du capital étranger et le taux d'investissement du capital national dans l'exploitation du pétrole sont influencés par d'importantes considérations politiques. Sécurité énergétiqueCe qui m'amène à aborder le sujet de la sécurité énergétique. La sécurité énergétique est devenue un enjeu majeur à la suite des deux chocs pétroliers pour ensuite diminuer en importance avec le retour de l'abondance de pétrole et de la baisse des cours. Cet enjeu revient à présent sur le tapis. Il s'agissait du principal sujet de discussion entre les ministres de l'énergie de l'hémisphère occidental et de l'APEC dans le cadre du Forum international sur l'énergie tenu à Amsterdam. Les prix élevés ont attiré l'attention du monde politique et du public sur la vulnérabilité des marchés du pétrole, notamment le fait que des facteurs externes - comme les événements en Irak, au Venezuela et au Nigeria - peuvent entraîner des répercussions importantes. La sécurité énergétique, ça peut signifier plusieurs choses. À la suite de l'énorme panne d'électricité d'août dernier, nous, en Amérique du Nord, sommes très au fait que la fiabilité des systèmes électriques fait partie de la sécurité énergétique. De même, la menace terroriste a mis en lumière la nécessité de protéger les infrastructures électriques. Les grands enjeux de la sécurité énergétique ont toutefois toujours été liés au pétrole à la vulnérabilité aux interruptions de l'approvisionnement en pétrole ou à la manipulation des cours du pétrole. La raison en est que le pétrole domine le commerce international de produits énergétiques en termes de valeur et aussi parce que le commerce international représente un volet très important de l'industrie du pétrole. En 2000, 45% de l'approvisionnement mondial de pétrole avait été produit dans une région autre que celle dans laquelle il avait été utilisé; d'ici 2030, cette proportion pourrait s'élever à près de 60%. Le pétrole constitue la marchandise la plus politisée. Des stratégies telles que l'interruption délibérée de l'approvisionnement et la gestion de l'indexation des cours du pétrole ne se retrouvent que dans l'industrie du pétrole. Tant la place importante accordée au Moyen-Orient que les cours élevés du pétrole ont fait de la sécurité énergétique un enjeu majeur des élections présidentielles en cours aux états-Unis. À long terme, il semble que l'Amérique du Nord importera la plus grande partie de ses produits pétroliers. Ce n'est pas nécessairement une situation alarmante - l'Europe comme le Japon dépendent déjà bien davantage des importations de pétrole - mais il serait pertinent de s'attarder sur la manière dont la dépendance accrue envers les importations de pétrole affectera la stratégie de la seule superpuissance mondiale. En ce moment, les candidats, MM. Bush et Kerry, proposent des scénarios bien différents. Les économies des pays de l'OCDE réduisent progressivement leur consommation de pétrole, ce qui fait en sorte que leur vulnérabilité à l'insécurité énergétique s'amenuise. Cependant, tous les pays producteurs de pétrole de l'OCDE, à l'exception du Canada, sont aux prises avec un déclin de leur production, une réelle croissance de leur demande et une demande accrue pour le pétrole étranger. Comme je l'ai déjà mentionné, les mutations en Chine, en Inde et dans d'autres pays en croissance rapide risquent d'entraîner des modifications très intéressantes de la géopolitique globale en matière de sécurité énergétique. Bien que ces pays diminuent leur consommation d'énergie, ils se trouvent à un stade de leur développement où leur consommation de pétrole ainsi que leur dépendance envers les importations de produits pétroliers augmentent. Ils représentent donc les pays les plus vulnérables à l'insécurité énergétique, et cette situation conjuguée à leur poids de plus en plus grand dans les relations internationales pourrait engendrer d'importantes répercussions sur la politique entourant le commerce de pétrole au cours des prochaines années. Tout compte fait, je considère que la sécurité énergétique prendra probablement une place plus importante dans la politique énergétique des pays de l'OCDE et des pays à croissance rapide que ce fut le cas au cours des dernières années. Durabilité des ressourcesCe qui m'amène au thème central de cette conférence - la durabilité des ressources. Elle peut être examinée sous deux angles: l'approvisionnement et la consommation. Jusqu'à tout récemment, la politique énergétique en matière de durabilité des ressources concernait principalement l'approvisionnement. En ce sens, il s'agissait d'un élément de la sécurité énergétique. Au début des années 1960, le Club de Rome s'était intéressé à ce sujet, mais les sombres prédictions de pénurie de ressources ne se sont jamais matérialisées et ont donc été largement discréditées. Le moment était peut-être mal choisi: la production mondiale totale de pétrole ayant atteint son point culminant, ce débat revient de nouveau sur le devant de la scène. De 1850 à 2002, la consommation mondiale de pétrole s'est élevée à 718 milliards de barils. La tendance indique que 718 milliards de barils seront consommés entre 2002 et environ 2022, et 718 milliards encore au cours des vingt années qui suivront. Le drame ici est que la plupart des géologues avancent que le nombre total de barils de pétrole pouvant être récupérés à l'échelle mondiale se chiffrent entre 2 et 3 milliards de barils. De plus, certains affirment que la production suit une courbe en forme de cloche et se mettra à diminuer lorsque la moitié du pétrole récupérable aura été extrait. Il semble incontestable que l'ère du pétrole prendra fin au cours du présent siècle: il reste donc à déterminer à quel moment la production atteindra son point culminant et commencera à décroître. Le débat entourant le point culminant de la production du pétrole suscite une grande polémique, les opposants s'accusant mutuellement de sottise et de malhonnêteté. J'aborde donc ce sujet avec la plus grande prudence. Il est clair que les incertitudes demeurent importantes. Une étude effectuée par la US Energy Information Administration a conclu que la production du pétrole culminerait probablement entre 2030 et 2075 - un intervalle énorme, sans compter que la première année mentionnée entraîne des conséquences stratégiques majeures. Les principaux pessimistes croient que le point culminant arrivera plus tôt encore. Un observateur neutre, Bob Williams, directeur exécutif du Oil and Gas Journal, en est venu à la conclusion que le débat sur le point culminant de la production de pétrole a dépassé le stade de simple débat théorique et pourrait maintenant peser considérablement sur les décisions des gouvernements. Il estime qu'il est urgent de se pencher sur les questions de méthodologie et de collecte des données entourant le potentiel de production de pétrole mondial. J'avoue que j'aimerais aussi que ces questions soient explorées. Au cours des dix ou vingt prochaines années, il se peut que l'imposition de limites sur les investissements, notamment dans les états du golfe Persique, se révèle un problème plus déterminant que la possible pénurie de ressources. De toute façon, l'envergure du défi lié à la production s'avère si considérable qu'il nous faudra de plus en plus inclure l'imposition de limites dans nos scénarios potentiels. Ceci pourrait entraîner d'importantes conséquences sur les cours du pétrole ainsi que sur les plans géopolitiques et stratégiques liés aux options énergétiques. Toutefois, comme nous avons pu le constater au cours de la conférence, le point central du débat sur la durabilité des ressources demeure l'utilisation durable de l'énergie et non la production. Pendant la majeure partie des trente dernières années, ce débat s'est articulé autour de questions locales telles que la lutte contre la pollution atmosphérique et la pollution de l'eau, la question des pluies acides y comprise. De plus, la sécurité énergétique et les prix élevés ont engendré diverses politiques de substitution du pétrole ou d'efficacité énergétique, dont on a en outre vanté les vertus écologiques. Il existe encore des défis de taille en matière de lutte contre la pollution atmosphérique et de l'eau dans la plupart des pays développés, mais de considérables progrès ont été enregistrés et je ne crois pas que ces défis à eux seuls impliquent de profondes répercussions sur nos économies axées sur l'énergie: nous connaissons les solutions à ces problèmes et ils sont en général compatibles avec le modèle d'utilisation actuel, moyennant certains coûts additionnels. Bien sûr, dans les économies en développement et en transition, la situation est beaucoup plus complexe et critique. Ils sont aux prises avec des défis de taille en matière de lutte contre la pollution de l'air et de l'eau, aggravée par la forte croissance de leur consommation de combustible fossile. On pourrait toutefois s'imaginer qu'avec le temps, ils suivront le même parcours que les pays très développés en matière d'assainissement et géreront l'essentiel de leurs empreintes écologiques selon les modèles de production et de consommation existants. Les changements climatiques constituent une autre paire de manches. Le passage à un niveau d'émissions soutenable dans l'atmosphère demandera une profonde transformation de nos économies axées sur l'énergie - pour peut-être en arriver à un certain moment à réduire les émissions de gaz à effet de serre à un dixième de leur niveau actuel, en fonction des extrants économiques. Comme il a été souvent mentionné au cours des débats de cette conférence, la question des changements climatiques est directement liée à notre utilisation de combustibles fossiles. Les politiques énergétiques n'ont toutefois pas commencé à refléter cette préoccupation que dans les années 1990, et encore, bien peu de mesures concrètes étaient alors adoptées. Le Canada est un des signataires du protocole de Kyoto et a entrepris une série d'importantes initiatives à court et long terme pour s'attaquer au problème des changements climatiques, mais nous savons qu'il s'agit d'un processus lent et difficile qui doit faire partie d'un effort collectif international Je ne m'attarderai pas ici sur les mesures et stratégies potentielles, mais je me permettrai quelques observations sur les liens possibles entre changements climatiques, géopolitique, marchés et sécurité énergétique. Il s'agit clairement de la question la plus litigieuse de la politique énergétique: elle suscite chocs d'idées et conflits d'intérêts. Un de ces conflits est particulièrement important dans les économies développées. Un dialogue de sourds semble parfois avoir cours entre, si je puis reprendre les propos d'un ouvrage récent, les penseurs inflexibles de Mars et les rêveurs plus flexibles de Vénus. Les Martiens se concentrent sur des questions épineuses comme la compétitivité, l'approvisionnement en énergie, la sécurité énergétique et la géopolitique. Les Vénusiens s'attardent plutôt à la durabilité écologique des systèmes énergétiques et à la nécessité de transformations fondamentales. Un second choc d'idées se présente entre des économies qui se trouvent à différents stades de développement. Cette situation a engendré le débat bien connu sur la répartition des obligations. Ce débat s'imbrique en partie dans le premier débat puisque les Martiens ont tendance à faire preuve d'inflexibilité à propos du partage des obligations, alors que les Vénusiens ont tendance à considérer que les pays les plus développés devraient prendre les devants et ainsi faire preuve de leadership et d'équité. Je ne suis pas assez naïf pour croire que ces différences seront facilement ou rapidement résolues. Mais la préoccupation grandissante à propos de la sécurité pétrolière et les prix à long terme pourrait constituer une cause commune encourageant tous les joueurs à s'attaquer au taux de croissance de la consommation de pétrole. Certaines mesures pourraient engendrer d'importantes répercussions, la mise en valeur de certaines technologies prometteuses dans le secteur des transports, par exemple. Il existe en outre un large consensus à propos de l'importance de la recherche, du développement et du transfert de technologie. Les fonds alloués à la recherche et au développement dans le domaine de l'énergie, tant public que privé, ont diminué de beaucoup et constituent une fraction de ce qu'ils devraient représenter si on considère les défis qui se profilent à l'horizon. Je considère que nous devrions porter beaucoup plus d'attention à toutes les dimensions des stratégies de coopération internationale en recherche et développement dans le domaine de l'énergie, y compris le transfert de technologie aux pays en développement. Le gouvernement du Canada propose que 5% de ses programmes de recherche et développement soient entrepris en partenariat avec des pays en développement. La recherche et le développement devront certainement être mis à contribution pour résoudre le problème du charbon. On anticipe que le charbon constituera une source d'émission de CO2 au moins aussi importante que le pétrole. La sécurité de l'approvisionnement et les prix à long terme n'inquiètent toutefois personne. En fait, le charbon devient plus attrayant sur le plan économique à mesure que les prix du pétrole et du gaz augmentent. Les pays à croissance rapide chercheront sans doute à réduire leur niveau d'émissions liées au charbon, mais la réduction d'émissions de CO2 qui en résultera ne sera probablement liée qu'à l'efficacité des technologies. Une stratégie plus prometteuse à long terme sera fondée sur diverses forces et initiatives. Il est clair qu'il est devenu nécessaire de se pencher sur les questions techniques, ce pour quoi le Canada apprécie la coopération internationale sur la séquestration des deux types de CO2 - je représenterai d'ailleurs le Canada dans le cadre de la réunion ministérielle portant sur ce sujet qui se tiendra à Melbourne la semaine prochaine - et d'autres technologies permettant de réduire l'impact environnemental du charbon. Quelques observationsEn conclusion, il est clair que les relations mondiales dans le domaine de l'énergie ne sont plus ce qu'elles étaient. Nous continuerons à être aux prises avec des risques et des incertitudes géopolitiques, et il est probable que la sécurité énergétique en vienne à nous préoccuper encore davantage. Le pétrole demeurera la plus importante commodité stratégique et politique. La soutenabilité et les limites potentielles du parcours énergétique que nous avons choisi prendront toutefois davantage de place dans le débat - surtout en regard des changements climatiques, mais aussi en raison des obstacles à l'investissement et des ressources limitées. Il sera intéressant de constater comment ces nouveaux enjeux s'imbriqueront dans les enjeux déjà bien ancrés. Le rôle des principaux joueurs dans le débat mondial se modifiera aussi à mesure que le centre de gravité de la production de pétrole se déplacera de nouveau vers le Moyen-Orient et que l'Asie prendra une place beaucoup plus importante dans la consommation mondiale d'énergie. Une chose est sûre: le jeu sera intéressant et stimulant. Ce que j'aimerais avoir quelques années de moins!
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