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D'autres écrits par cet auteur
George Anderson a été sous-ministre de Ressources naturelles Canada, de mai 2002 à mai 2005. Il a également agi à titre de sous-ministre (Affaires intergouverne-mentales), Bureau du Conseil privé, à compter d'aoà»t 1996. Il a commencé à Å“uvrer au sein de la fonction publique du Canada en 1972. De 1992 à 1993, il a été boursier au Center for International Affairs de l'Université Harvard. Il est titulaire d'un baccalauréat ès art de l'Université Queen's, d'une maîtrise en littérature avec spécialisation en théorie politique de l'Université Oxford, et d'un diplôme de l'école nationale d'administration à Paris, en France. Il est actuellement membre du conseil de l'Université Queen's à Kingston, en Ontario, au Canada. |
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Ron Watts et moi
(TRADUCTION) Dans un grand roman russe dont Ron Watts serait le protagoniste — difficile à envisager, je l'admets, puisqu'il n'a pas le tempérament d'une âme tourmentée —, je représenterais l'un de ces personnages secondaires que l'on retrouve de temps à autre, aux chapitres douze, vingt et trente-cinq, toujours dans des circonstances différentes. Nos rapports ont été tissés par une amitié grandissante et un intérêt commun pour Queen’s et le fédéralisme, de même que par les intéressantes façons dont la vie nous a tour à tour rapprochés et éloignés dans un cercle social relativement restreint. La particularité de mes rapports avec Ron tient sans doute au fait que je l'ai côtoyé dans des circonstances et des rôles des plus variés. Je ne suis hélas pas un chercheur — du fédéralisme ou de tout autre sujet. Je crois avoir déçu mon ancien professeur sur ce plan. Je ne peux par conséquent pas prétendre offrir une appréciation perspicace, originale ou même simplement pédantesque de la contribution de Ron à l'étude du fédéralisme. Il constitue certainement l'un des grands penseurs dans ce domaine, et même peut-être « le doyen de l'étude du fédéralisme », mais je laisse à d'autres le soin de donner foi à cette affirmation et d'en faire la preuve. J'ai rencontré Ron au début des années soixante. Je poursuivais des études en sciences politiques à l'Université Queen’s et Ron y enseignait. Avec le recul, je crois que l'Université Queen’s s'apparentait alors davantage à un collège classique libéral qu'à une grande université. On y trouvait des facultés de médecine et de droit, mais il s'agissait encore d'une petite institution comptant moins de 5000 étudiants en 1967, année de mon départ. Ceci étant dit, cette petite institution exercait beaucoup d'influence au Canada, surtout dans les domaines des études canadiennes, des sciences politiques et des sciences économiques. Le département de sciences politiques était remarquable et se distinguait par sa contribution à la vie publique canadienne. Parmi les professeurs qui s'y trouvaient en même temps que moi, trois sont par la suite devenus Compagnons de l'Ordre du Canada (Alec Corry, John Meisel et Ron). Flora MacDonald, elle aussi maintenant membre de l'Ordre, avait échappé aux luttes intestines entourant John Diefenbaker et trouvé refuge à l'université en tant que secrétaire du département — mais elle remplissait bien sûr beaucoup d'autres rôles, dont celui de tuteure. Le doyen de la faculté de droit, Bill Lederman, un futur OC, y a donné un séminaire sur le droit constitutionnel destiné aux étudiants en sciences politiques. Ted Hodgetts, OC, s'y trouvait encore pendant mes deux premières années d'étude, avant sa malencontreuse défection vers une institution de moindre calibre. On y rencontrait aussi d'autres professeurs exceptionnels et j'ose mentionner ceux qui m'ont le plus marqué : Jock Gunn, Jack Grove, Hans Lovink et Hugh Thorburn. Le programme de baccalauréat spécialisé accueillait peu d'étudiants — environ une vingtaine — et la taille des classes n'était qu'une fraction de celles d'aujourd'hui. Je me rappelle des deux derniers deux séminaires du programme : nous étions moins de dix à y prendre part. Les étudiants avaient facilement accès aux professeurs et les côtoyaient parfois même à l'extérieur de l'université (je ne crois toutefois pas m'être jamais adressé à un professeur par son prénom à l'époque). Certains de ces rapports se sont transformés en des relations d'amitié dont j'ai la chance de jouir depuis. Nonobstant le contenu du cours, j'ai été frappé par le style de Ron. En fait, je crois que son style actuel est pratiquement identique à son style d'alors. Même dans l'ère du Verseau, il était toujours vêtu de façon formelle. Il se trouvait alors dans la trentaine, mais il paraissait plus âgé, sans doute en raison de son exceptionnelle maturité et de son grand jugement, qualités qui ont sûrement contribué à faire de lui le plus jeune directeur de l'Université Queen's. De tous les professeurs, Ron représentait celui qui se laissait le moins emporté par l'idéologie et la passion : la rationalité calme et le jugement équilibré ont toujours prédominé chez lui. En dépit de ses grandes connaissances en philosophie, ou peut-être en raison de celles-ci, il abordait les éléments très abstraits de la science politique avec prudence : les faits et la complexité des différents pays devaient avoir préséance (il a vécu quelque temps dans toutes les fédérations sur lesquelles il a écrit). Il utilisait des concepts et des taxonomies pour aider à la compréhension, mais ne proposait des généralisations qu'avec prudence et évitait les théories ambitieuses. Il se servait de la méthode comparée comme d'un laboratoire rempli de spécimens intéressants sur lesquels des hypothèses pouvaient être testées. Cette façon de faire ne m'intéressa pas autant à ce moment-là qu'elle m'intéressera plus tard parce que la théorie des systèmes me captivait alors (bien que ma thèse de baccalauréat sur David Easton pencha plutôt vers le scepticisme). Les accès d'enthousiasme ne lui étaient toutefois pas complètement étrangers : le Bundesrat allemand l'avait à l'époque séduit; il croyait que ce concept saurait peut-être répondre aux besoins du Canada; il a changé d'idée depuis. C'est ainsi que Ron a joué, à son insu, l'improbable rôle de cupide dans ma vie. J'ai en effet rencontré à Oxford celle qui devint — après une longue amitié et une longue cour — mon épouse et la mère de nos trois garçons : Charlotte Gray. Ma bonne étoile et Ron m'ont donc poussé vers la meilleure et la plus heureuse décision de ma vie. Les professeurs ne connaissent souvent pas l'impact qu'ils ont sur leurs étudiants. Je suis heureux de pouvoir dire que Ron a approuvé mon choix : il a récemment été l'un des deux parrains de Charlotte – l'autre étant John Meisel – lorsque l'Université Queen’s lui a décerné un doctorat honorifique. Après Oxford, j'ai accepté un poste à Ottawa au sein du gouvernement fédéral « pour un an ou deux ». Je croyais encore enseigner dans une université un jour. Lorsque j'ai été recruté par le « groupe Tellier » en 1977, j'avais déjà travaillé pour quelques ministères. Ce groupe avait été créé au sein du Bureau du Conseil privé afin de conseiller le gouvernement sur la conduite à adopter pour ce qui concernait le Parti québécois nouvellement élu et la possibilité d'un référendum sur la souveraineté-association. Une des premières initiatives consistait à instituer la Commission Pépin-Robarts, à laquelle Ron s'est joint en tant que commissaire l'année suivante. Le premier ministre Trudeau éprouvait d'importantes réserves à propos de la commission alors même qu'il l'instituait, car il ne désirait pas se retrouver face à une longue liste de changements concernant la structure du pays qu'il se verrait dans l'impossibilité d'appuyer ou de mettre en œuvre. En fait, je n'ai pas beaucoup côtoyé Ron au cours de cette période, probablement parce que nous avons approché la question de l'unité nationale de deux angles différents et qu'une grande saga politique faite de rondes constitutionnelles, d'élections et de référendums se déroulait sous nos yeux. Les écrits de Ron, même récents, ont tendance à donner beaucoup de poids à ce qu'il nomme « les problèmes structuraux » du fédéralisme canadien. À l'instar de plusieurs politicologues canadiens, il considère que certains aspects de nos aménagements constitutionnels sont dysfonctionnels. Il a par conséquent soutenu l'adoption d'importantes modifications constitutionnelles dans le cadre du rapport Pépin-Robarts ainsi que lors des rondes du Lac Meech et de Charlottetown. Ma propre perspective à ce sujet a été modelée par mon travail au sein du BCP à la fin des années 1970, travail qui portait sur l'élaboration de scénarios et de stratégies sur l'unité. Je reconnaissais les tensions structurelles inhérentes au fédéralisme canadien, mais je n'étais pas convaincu qu'elles s'avéraient nécessairement pires que dans d'autres fédérations ou qu'elles seraient résolues par les diverses solutions constitutionnelles proposées. Il était difficile d'envisager une façon de rallier le PQ à toute solution « canadienne », et leur constante opposition minerait certainement toute avancée. De plus, en abordant une des questions structurelles — comme le Sénat et le pouvoir de dépenser —, on risquait de dresser les régions les unes contre les autres. Plusieurs innovations constitutionnelles promettaient de générer de nouveaux problèmes. Je considérais donc que dans la lutte pour l'unité nationale, il serait sans doute plus facile pour le fédéral de saper la crédibilité du mouvement indépendantiste en instituant des changements progressifs et en proposant des arguments pondérés qu'en remportant une victoire constitutionnelle claire. Ainsi, c'est avec réticences que j'ai vu les initiatives constitutionnelles des 25 dernières années être adoptées. Je n'ai pas vraiment appuyé aucune d'entre elles : j'ai toujours éprouvé des réserves à propos de la forme (1981) ou du fond (Meech et Charlottetown). Les réformes structurelles de Meech et de Charlottetown ont probablement davantage emballé Ron. Avec le recul, il est difficile de déterminer qui avait raison à quel propos parce que cette histoire s'est révélée pleine d'imprévus. Ron, dans son bilan de l'Accord de Charlottetown, se demandait si les canadiens se trouvaient maintenant « immunisés contre le désir de résoudre tous les problèmes structuraux par le biais de changements constitutionnels ». En fait, je n'ai pas participé aux grandes sagas politiques de Meech et Charlottetown (et seulement de façon périphérique dans celle du rapatriement). Je n'ai donc travaillé de nouveau sérieusement avec Ron qu'après avoir accédé au poste de sous-ministre des Relations intergouvernementales en 1996, dans le sillage du référendum presque réussi au Quebec l'année précédente. Nous vivions alors, pour le meilleur et pour le pire, dans une ère de changements non constitutionnels progressifs et de débats sur les règles de sécession et le besoin de « clarté ». Mon ministre, Stéphane Dion, ex-professeur de sciences politiques, demandait avidement faits et arguments à propos du fédéralisme canadien, dont des comparaisons avec d'autres fédérations. C'est ainsi que j'ai été amené à devenir l'improbable mécène d'une des grandes réussites de Ron. Je suis entré en communication avec lui pour lui proposer de rédiger un court ouvrage, 100 pages tout au plus, qui étudierait le fédéralisme canadien d'un point de vue comparatif. Nous ne pourrions aucunement réviser le livre, et il serait publié par l'Institut de l'Université Queen’s. Nous considérions qu'un tel livre permettrait d'aborder plusieurs mythes entourant le fédéralisme canadien. Le résultat : « Comparaison des régimes fédéraux ». Ce livre est maintenant considéré comme un ouvrage de référence : un grand succès de librairie; une troisième édition en préparation; traduit en français, en espagnol, en arabe, en ukrainien et en kurde. Il remporta un tel succès que j'ai demandé à Ron d'écrire un deuxième petit livre, « Étude comparative du pouvoir de dépenser dans d'autres régimes fédéraux », un ouvrage tout aussi réussi, bien que portant sur un sujet beaucoup plus pointu. Le succès remporté par ces ouvrages devrait faire réfléchir les chercheurs réputés sur les avantages de rédiger de courts ouvrages même s'ils semblent plus difficiles à bien réussir. Je conclurai en revenant au début — à l'Université Queen’s. Je fais partie du conseil d'administration depuis de nombreuses années et j'ai pu, à plusieurs reprises, bénéficier des points de vue et du discernement de Ron. Toutefois, même vingt après avoir quitté le poste de recteur, il fait toujours preuve d'une grande discrétion, d'un profond respect et d'un solide appui à l'égard de ses successeurs. Nous nous sommes particulièrement réjouis l'an dernier lorsqu’un nouveau pavillon étudiant a été nommé le Pavillon Watts. |
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