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Le Nigeria

H.E. Olusemi O. George, ambassadeur du Nigeria au Canada,

SIGNATURE DU NIGERIA : Ottawa, le 17 février 2005–
H.E. Olusemi O. George, ambassadeur du Nigeria au Canada,
signe l'entente cadre avec le Forum des fédérations.


 

La République fédérale du Nigeria, en Afrique occidentale, compte quelque 123 000 000 d'habitants, ce qui en fait le pays africain le plus peuplé. La superficie de son territoire est de 925 000 kilomètres carrés et sa masse continentale s'étend de la pointe orientale du Golfe de Guinée jusqu'aux profondeurs des savanes occidentales. Le Nigeria est bordé à  l'est par le
Cameroun et à  l'ouest par la République du Bénin; au nord se trouve le Niger, et au nord-est le Tchad. Bien que le pays soit riche en ressources minérales - le pétrole en particulier - le revenu annuel par habitant ne dépasse pas 300 $.

Le territoire actuel du Nigeria correspond à  ceux de plusieurs anciens états et empires auxquels ont été ajoutés divers petits territoires. Le plus vaste et le plus influent de ces empires est celui de Fulani qui, au 19e siècle, occupait une bonne partie du nord du Nigeria. Le sud, couvert de forêts que les cavaliers fulanis pouvaient difficilement pénétrer, était occupé par les états du Bénin et d'Oyo (Yoruba). À l'est du Niger vivaient les communautés Igbo et Ibibio. Les archives les plus anciennes font remonter l'influence européenne dans les régions côtières du Nigeria à  1472, année où, pour la première fois, des bateaux portugais accostèrent au Bénin.

Jusqu'à  l'arrivée des Européens, la côte ne revêtait aucune importance du point de vue de la politique internationale. Avant l'arrivée des marins portugais, à  la recherche d'or et d'esclaves d'Afrique occidentale, les contacts avec le monde extérieur se faisaient par le Sahara. Le débarquement des Britanniques dans la région, un siècle plus tard, marque un tournant dans l'histoire du Nigeria.

En 1885, lors de la Conférence de Berlin, les Britanniques obtinrent une reconnaissance officielle de leurs intérêts le long de la rivière Niger. En 1900, la Royal Niger Company remit l'administration du territoire à  la Couronne britannique, qui établit des protectorats dans le sud et le nord du Nigeria. En 1914 fut constitué un Conseil nigérian composé de 30 Européens et de six Nigérians. Ce Conseil ne disposait d'aucun pouvoir exécutif ou législatif, son rôle étant uniquement consultatif. La Constitution de 1922 (qu'on a baptisé la Constitution de Sir Hugh Clifford) a donné plus d'ampleur à  cet organisme en le transformant en Conseil législatif. Celuici était composé de 46 membres, dont 10 élus, et pouvait adopter des lois s'appliquant à  la colonie et aux provinces du sud, le gouverneur légiférant sur les questions concernant les provinces du nord.

Aux termes de la Constitution de 1946, dite Constitution Richards (du nom de son auteur, Sir Arthur Richards), fut mis en place un Conseil législatif ayant le pouvoir de légiférer pour l'ensemble du pays, qui comprenait trois régions - le Nord, l'Ouest et l'Est. Le Conseil était composé de 45 membres, dont 28 étaient d'origine nigériane (4 étaient élus et les 24 autres nommés). La Constitution prévoyait en outre la mise place de trois législatures régionales à  qui le gouverneur pouvait soumettre des questions sur lesquelles chacune donnait un avis.

En 1951, on ajouta à  la Constitution des dispositions prévoyant la création d'un Conseil des ministres composé de 18 membres (12 Nigérians et six membres d'office provenant de la bureaucratie coloniale). Les trois régions avaient une représentation égale au sein du Conseil et il appartenait à  la Législature de chaque région de nommer ses représentants. On créa en outre
une Chambre des représentants composée de 142 députés, dont 136 d'origine nigériane. Les organes législatifs régionaux avaient le pouvoir de légiférer dans certains domaines d'intérêt local mais les lois qu'ils adoptaient devaient être avalisées par le gouverneur. C'est la notion de « région  » mise en évidence par la Constitution Richards qui a ouvert la voie à  un régime fédéral
au Nigeria.

En 1954 a été adoptée une nouvelle Constitution qui renforà§ait le caractère fédéral du Nigeria. Celle-ci stipulait que le Nigeria était une fédération, attribuait une marge limitée d'autonomie aux régions et maintenait la représentation régionale au Conseil des ministres. Alors que les responsabilités du centre concernaient les relations étrangères, la défense, la police, etc., celles des régions portaient sur l'enseignement élémentaire et secondaire, l'agriculture, la santé publique et les administrations locales. Le pouvoir judiciaire, la Commission de la fonction publique et les offices de commercialisation ont été régionalisés. Les responsabilités concernant
le développement économique, les questions de main-d'œuvre et l'enseignement supérieur relevaient à  la fois du centre et des régions. Ainsi, c'est par un processus de désagrégation que le Nigeria s'est constitué en fédération. Entre 1954 et 1960, les trois régions ont acquis une
certaine autonomie gouvernementale. Le 1er octobre 1960, la fédération nigériane a acquis sa complète indépendance à  l'égard de la Grande-Bretagne. Trois ans plus tard, le 1er octobre 1963, le Nigeria se dotait d'une Constitution républicaine, devenant ainsi une république fédérale (la « Première République  »).

La Constitution républicaine de 1963 attribuait au gouvernement fédéral des compétences exclusives dans divers domaines comme la défense, les affaires étrangères, l'immigration, les passeports, la monnaie, les chemins de fer, la poste et les télécommunications, l'aviation et la météorologie. De plus, en période d'urgence nationale, le gouvernement fédéral était autorisé à  légiférer sur toute question n'apparaissant pas sur sa liste de compétences exclusives. La Liste des compétences conjointes de la Constitution de 1963 énumérait les sujets à  l'égard desquels les législatures fédérale et régionales pouvaient toutes deux proposer des lois; ces sujets comprenaient notamment la tenue des recensements, le développement industriel et les antiquités. Les pouvoirs résiduels confiés aux législatures régionales visaient des questions comme l'enseignement élémentaire et secondaire. Les législatures régionales pouvaient légiférer à  leur gré sur ces questions.

Le Nigeria est un pays multiethnique et, dès les années 1960, les divers groupes ethniques se mirent à  se livrer une concurrence acharnée en vue de contrôler le gouvernement central et les autorités au sein de leur région. C'est ainsi que se multiplièrent les demandes visant la création de nouvelles unités régionales. En 1963, la Région de l'Ouest fut divisée en deux, ce qui donna
lieu à  la création de la Région du Centre-Ouest ( Mid-Western Region). Cette décision est à  l'origine d'un processus qui a vu le nombre d'unités constituantes passer de 3 à  36.

En janvier 1966, le major Chukwuma Nzeogwu, un Igbo, tenta de s'emparer du pouvoir à  la faveur d'un coup d'état. Le premier ministre de la fédération, les premiers ministres des Régions du Nord et de l'Ouest et plusieurs officiers militaires de haut rang furent tués. Les auteurs du coup n'ayant pas réussi à  s'emparer de Lagos, le major-général Aguiyi-Ironsi qui, en plus d'être un Igbo, occupait le poste le plus élevé dans la hiérarchie militaire nigériane, parvint à  maîtriser la situation et ordonna l'arrestation des conspirateurs. La plupart de ces derniers étant des Igbos, on se mit à  parler (à  tort) du coup Igbo, et ce en dépit du fait qu'un de ses principaux artisans était un major Yoruba. Après avoir pris le contrôle du gouvernement fédéral, Ironsi s'empressa de remplacer le régime fédéral par un régime unitaire, ce qui eut pour conséquence l'abolition des régions.

Les fonctionnaires du Nord se sentaient menacés par les sudistes, dont le niveau d'éducation était très élevé. Le Nord ne tarda pas à  réagir. Les attaques contre les Igbos vivant dans le Nord du pays se multiplièrent, provoquant des milliers de morts. En juillet 1967, il y eut un deuxième
coup, fomenté celui-là  par des officiers militaires sudistes de rang inférieur. Beaucoup d'officiers igbos furent tués. L'équilibre des forces tendant de nouveau à  favoriser le Nord, le lieutenantcolonel Yakubu Gowon fut porté au pouvoir. Les chefs igbos décidèrent alors de réclamer la sécession. Une deuxième vague de massacres des Igbos ayant été déclenchée en septembre 1967, leur demande se fit bientôt plus pressante. Ayant perdu toute confiance dans le système politique nigérian, plus d'un million d'Igbos provenant de toutes les régions du pays s'enfuirent dans leur région d'origine. Toutes les tentatives d'en arriver à  un compromis avec les Igbos ayant échoué, le lieutenant-colonel Odumegwu Ojukwu proclama l'indépendance de l'état du Biafra le 30 mai 1967. Peu après éclata entre forces nigérianes et biafraises une guerre civile qui se termina par la reddition des forces biafraises en janvier 1970.

Malgré l'immense richesse engendrée par l'industrie pétrolière nigériane, l'agitation politique se poursuivit sans cesse pendant les années 1970. En 1975, le général Gowon fut renversé. Son successeur, le général Murtala Mohammed, entreprit un certain nombre de réformes politiques mais trouva la mort lors d'une tentative avortée de coup d'état en 1976. Il fut remplacé par le lieutenant-général Olusegun Obasanjo. Au milieu de l'année 1976, le gouvernement militaire confia au Groupe Aguda la tà¢che d'examiner diverses solutions de rechange. Le Groupe recommanda le transfert de la capitale fédérale de Lagos à  Abuja et la création de sept nouveaux états. En 1979 eurent lieu des élections générales. Shehu Shagari, chef du Parti national du Nigeria ( “National Party of Nigeria ” ou “NPN ”) remporta l'élection présidentielle (et fut réélu en 1983). Le général Obasanjo remit les pouvoirs à  Shehu Shagari et s'installa au poste de président de la Seconde République, proclamée en octobre 1979.

La proclamation de la Seconde République avait été précédée par l'adoption d'une nouvelle Constitution intitulée « La Constitution de la République fédérale du Nigeria de 1979  » (The 1979 Constitution of the Federal Republic of Nigeria). Tout en permettant l'instauration d'un régime présidentiel, celle-ci stipulait que « le Nigeria est une fédération comportant des états et
un Territoire de la capitale fédérale  » (Article 2(2)). Elle prévoyait en outre la mise en place d'administrations locales chargées de fonctions précises et correspondant à  un troisième échelon de gouvernement (Annexe 4).
En décembre 1983, les militaires renversèrent le gouvernement civil en dénonà§ant la corruption et le désordre économique. L'année 1985 fut témoin d'un autre coup militaire au cours duquel le major-général Ibrahim Badamosi Babangida s'empara du pouvoir. Celui-ci annonà§a qu'il permettrait à  des civils d'exercer le pouvoir mais ignora ensuite les résultats des élections
présidentielles de juin 1983. Un Gouvernement national provisoire (GNP) fut créé par les militaires. (Dans les milieux officiels nigérians, ce gouvernement est généralement associé à  la « Troisième République »). La Constitution de 1979 devait être révisée au cours de cette période.

C'est à  cette époque que fut rétablie l'Assemblée nationale, dont les pouvoirs furent cependant limités. Il y eut également des élections afin de pourvoir certains postes gouvernementaux. Le gouvernement de Babingida fut renversé en novembre 1993 par le général Sani Abacha qui, ayant pris les rênes du pouvoir, procéda à  la dissolution de l'Assemblée nationale et destitua tous les représentants élus. Abacha est mort soudainement en juin 1998 et c'est le général Abdulsalam Abubakar qui lui a succédé. Celui-ci s'est empressé de tenir des élections de sorte que, en 1999, le Nigeria a élu un gouvernement composé de civils ayant à  sa tête Olusegun Obasanjo (maintenant un civil). La Constitution de la République fédérale du Nigeria de 1999, proclamée en mai 1999, a permis au Nigeria d'inaugurer la Quatrième République.

 

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