Juin/Juillet 2007

dernières Nouvelles

cahier spécial

divers

Page du praticien

Page du Prés ident

 

L’enseignement supérieur se décentralise

L’augmentation du nombre d’universités privées révolutionne le système traditionnel

par Roberto Rodríguez -GÓmez

Les changements politiques majeurs qui ont secoué le Mexique au XXe siècle
ont également révolutionné le système d’éducation du pays. Le secteur de l’éducation s’est en effet transformé alors que les Mexicains vivaient une importante transition : d’un régime démocratique à un seul parti, ils sont passés à un système multipartite, et ce, tandis qu’une vague de privatisation déferlait sur la nation.

Avant 1950, les études supérieures ne profitaient qu’à une poignée de Mexicains, et ce, parce qu’il n’existait guère d’établissements d’enseignement supérieur, mais surtout parce que la proportion de la population ayant terminé l’école primaire se révélait bien faible. En 1950, le pays comptait moins de 24 établissements d’enseignement supérieur fréquentés par environ 30 000 étudiants alors qu’à la fin des années 1970, après une période d’extraordinaire expansion, on dénombrait plus de 800 000 inscrits.

Le processus de diversification de l’enseignement supérieur a pris de l’ampleur dans les années 1980, puis s’est intensifié et raffiné dans [su ite à la page 23] les années 1990 et la première décennie du XXIe siècle. Voici certains des éléments-clés de cette évolution :
• Augmentation des investissements privés ayant entraîné une hausse des inscriptions dans les institutions privées. Elles attirent maintenant un tiers des inscriptions totales au pays et 40 pour cent de celles-ci au deuxième cycle. Cette croissance du privé doit beaucoup aux ratés du système public puisque celui-ci n’a réussi ni à répondre à la demande, ni à assurer un contrôle rigoureux de la qualité des programmes d’études.
• Promotion des programmes d’études en haute technologie dans le secteur public.
• Création par le gouvernement fédéral de près de 20 nouveaux établissements publics dans les États, et ce, en collaboration avec les gouvernements régionaux.
• Décentralisation des universités régionales publiques, par exemple en fondant des universités en dehors des capitales.

Par conséquent, les inscriptions aux études supérieures ont plus que doublé entre 1990 et 2006 : elles sont passées de 1,2 million à 2,5 millions.

Inscriptions aux études supérieures (2006-07)

Réorientation du financement fédéral en 1997
Une modification à la Loi sur la coordination fiscale adoptée en 1997, laquelle faisait partie intégrante du « nouveau fédéralisme » du Mexique, a engendré d’importantes répercussions sur la croissance du secteur de l’éducation supérieure. Elle a instauré le concept de « fonds de soutien », des contributions s’ajoutant à celles déjà versées en vertu du Système national
de coordination fiscale qui ont pour but de mieux coordonner les fonctions de perception des impôts et de faciliter la décentralisation des services publics. Ce nouveau cadre budgétaire précisait également les responsabilités du fédéral et des États relativement aux programmes de dépenses et de surveillance fiscale. Ainsi, les organismes fédéraux calculaient le montant qui serait octroyé à chaque État, et ceux-ci comptabilisaient les fonds reçus. Afin de minimiser les risques que des entités régionales et municipales emploient à d’autres fins les sommes obtenues en vertu de cette loi, une procédure « d’affectation de fonds » a été adoptée et des mécanismes de contrôle ont été mis en place. Cet octroi de ressources financières affectées à l’Éducation a grandement favorisé l’investissement dans ce domaine, d’autant plus que les programmes de formation d’enseignants du niveau primaire et d’études spécialisées en haute technologie peuvent bénéficier de ces fonds.

Les nouveaux mécanismes de répartition des ressources coexistent avec des instruments plus flexibles relatifs aux dépenses décentralisées, incluant des programmes dont les règles de fonctionnement sont assujetties à l’approbation annuelle du budget fédéral, et des ententes entre le fédéral et les États sur le financement de programmes déterminés. O n eut recours à de telles ententes pour satisfaire les revendications des États visant la création d’établissements publics additionnels ou encore l’accroissement des subventions consenties à leurs universités. Des universités fédérales et étatiques autonomes tentent également de persuader l’assemblée législative fédérale (congrès) de leur octroyer directement des fonds spéciaux.

Concurrence entre universités publiques et privées
Le Mexique compte près de 800 établissements publics auxquels sont inscrits deux tiers des 2,6 millions d’étudiants du pays. Les universités régionales, fréquentées par environ la moitié des étudiants du secteur public, sont autonomes et reçoivent des subventions tant du fédéral que des États. Les universités fédérales et les instituts de technologie, moins présents sur la scène de l’enseignement supérieur à l’heure actuelle, se contentent de fonds fédéraux. Les instituts de technologie décentralisés, eux, dépendent des États sur le plan juridique, mais sont financés par les deux ordres de gouvernement.

Les enseignants sont en général formés dans un des 276 établissements publics fréquentés par environ 95 000 étudiants – quatre pour cent des inscriptions – et sont subventionnés par des fonds transférés aux États.

Les 27 instituts de recherche publics sont financés par des fonds fédéraux dans le domaine des sciences et de la technologie et bénéficient en outre de quelques subventions régionales. Ils dispensent de l’enseignement de second cycle à plus de 3 000 étudiants.

Le secteur privé constitue le segment de l’enseignement supérieur qui présente la plus forte croissance au Mexique. Il existe maintenant plus de 1 200 institutions privées fréquentées par environ un tiers de tous les étudiants. Elles récoltent en outre une large part de la demande croissante en matière d’éducation supérieure, une tendance qui risque de se maintenir, du moins dans un avenir rapproché.

Les tensions demeurent bien ancrées
En dépit des avancées sur le plan de la décentralisation et de la fédéralisation de l’éducation supérieure, il se trouve encore des tensions et des dilemmes d’envergure qui nécessitent des solutions globales. Le fait que ce domaine soit peu coordonné et réglementé à l’échelle nationale constitue un problème important, et ce, même si les autorités centrales en matière d’éducation détiennent toujours des compétences substantielles en ce qui concerne l’orientation des programmes d’études dans les secteurs qui sont de leur ressort, en particulier la haute technologie et la formation des enseignants.

Les politiques en matière de contrôle de la qualité des universités publiques régionales, fondées sur l’octroi de fonds fédéraux conditionnels, témoignent d’une tendance centralisatrice puisqu’elles continuent à n’être régies et gérées que par les autorités centrales. De plus, il ne se trouve pas suffisamment de paramètres permettant de réglementer de façon durable les compétences fédérales et régionales dans ce domaine. Enfin, il existe manifestement un conflit entre l’autonomie dont devraient jouir la plupart des universités publiques fédérales et étatiques aux termes de la loi et l’influence des politiques publiques fédérales sur celles-ci.

Le passage du Mexique d’un système d’éducation supérieur extrêmement décentralisé, mais assujetti aux politiques publiques du centre, à un système véritablement fédéral formé de plusieurs systèmes régionaux n’est certes pas encore chose faite.

Roberto Rodríguez-Gómez est professeur et chercheur à l’Institut de sciences sociales de l’Université nationale autonome du Mexique ainsi que membre de l’Académie mexicaine des sciences et du Système national des chercheurs. Il détient un doctorat en sciences sociales (sociologie).

Centre documentaire | Les rudiments du fédéralisme | Le fédéralisme par pays | Notre président et le fédéralisme | Le président du C.A.
Gouvernance | Aide au développement | Publications
Afrique | Amérique du Nord | Amérique du Sud | Asie | Europe | Moyen-Orient
Activités à venir | Activités réalisées | Recherche
Publications | Multimédia | Revue Fédérations | Cyberbulletin @Fédérations | Outils pédagogiques
Rapports annuels | Conseil d'administration | Personnel | Offres d'emploi
Gouvernements partenaires| Organisations partenaires