Juin/Juillet 2007

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Besoins urgents en matière d’enseignement supérieur

Qualité et financement adéquat, deux éléments essentiels pour les universités

par kole shettima

Photo: Des étudiants de l’Université d’Ibadan se
REUTERS/George Esiri
Des étudiants de l’Université d’Ibadan se
réjouissent lors d’une cérémonie de collation
des grades.

Au Nigeria, l’enseignement supérieur a été modelé par le parcours politique du pays, qui a connu en quelques décennies la colonisation, une première république (1960), une guerre civile, l’irruption des militaires dans la vie politique avec leur quête de l’unité nationale, quelques décennies de boom pétrolier et d’effondrement des cours du pétrole, et finalement le retour à un gouvernement civil en 1999. Cette évolution a laissé des traces sur de nombreux aspects de l’enseignement supérieur, comme le choix des disciplines, les politiques d’admission, la réglementation, l’autonomie, la recherche, la syndicalisation et les réformes. À travers l’histoire du pays, l’enseignement supérieur a représenté une fonction conjointe du fédéral et des régions. Même sous le régime militaire, cette concurrence des compétences a été comprise de la sorte, bien qu’elle n’ait pas toujours été respectée.

Le premier établissement d’enseignement supérieur du Nigeria a été le Collège Yaba, ouvert en 1934 par le gouvernement colonial avant tout dans le but de former des diplômés disposant de compétences techniques de niveau moyen.

Il a été suivi en 1948 par le Collège universitaire d’Ibadan. Aussitôt l’indépendance proclamée, une demidouzaine d’universités et quantité de collèges techniques, d’écoles polytechniques et d’écoles normales ont
vu le jour.

Depuis les années 1960, le portrait de l’enseignement supérieur nigérian s’est beaucoup modifié, tant en termes d’envergure que de la répartition des types d’établissements. Le nombre d’universités est en effet passé de cinq en 1962 à 88 en 2007, le nombre d’écoles techniques et polytechniques de quatre en 1964 à 85 en 2007, et le nombre de collèges de quatre en 1964 à 64 en 2007.
Chacun des types d’établissement se retrouve dans chacune des sphères – fédérale, régionale et privé. Cette expansion du secteur de l’enseignement supérieur est liée à l’accroissement du nombre d’entités constituantes au Nigeria, qui est passé de quatre dans les années 1960 à 12 dans les années 1970, puis à 36 dans les années 1990, triplant donc de 1960 à 1970, puis encore de 1970 à 1990.

Le secteur de l’enseignement supérieur au Nigeria est caractérisé par un taux élevé de syndicalisation. De nombreux syndicats sont affiliés les uns aux autres, ce qui permet des grèves de solidarité. Dès lors, les grèves nationales se sont révélées fréquentes dans ce secteur, particulièrement au sein des universités. De fait, les syndicats universitaires, surtout ceux qui regroupent le personnel enseignant, se sont imposés comme une des rares organisations dotées d’un rang social suffisamment élevé pour défier le pouvoir militaire.

L’agrément peut être retiré
La plupart des établissements sont réglementés par des organisations nationales habilitées à contrôler la qualité de l’enseignement universitaire
dans leurs territoires de compétence respectifs. Les disciplines et les programmes qui ne reçoivent qu’un agrément partiel sont censés voir leurs déficiences corrigées dans un court laps de temps, tandis que ceux auxquels l’agrément a été refusé ne seront pas pris en compte dans la délivrance des diplômes.

Pour avoir le droit d’entrer à l’université, au collège ou à l’école polytechnique, tous les étudiants doivent se soumettre à un examen organisé
par le Conseil conjoint des admissions et des immatriculations (Joint Admissions and Matriculation Board, JAMB). Aux termes de la Constitution de 1999, les admissions et le recrutement du personnel enseignant des établissements d’enseignement supérieur doivent refléter la diversité du pays.

Dans le secteur de l’enseignement supérieur, la recherche n’a bénéficié que d’un soutien limité, et les gouvernements successifs ne sont jamais parvenus à débloquer suffisamment de fonds. Une approche plus systématique a été annoncée récemment, avec la proposition d’instaurer un Conseil national de la recherche et du développement disposant de cinq milliards de dollars destinés à subventionner la recherche par voie de concours.

Préservées des caprices de la politique et des politiciens, les universités ont bénéficié d’une autonomie substantielle durant la période coloniale et pendant la décennie qui l’a suivie. Mais l’incursion des militaires dans la vie politique en 1966, avec sa propension à la centralisation, a contribué à restreindre cette autonomie. Ainsi, les directeurs généraux des établissements d’enseignement supérieur sont nommés par le président du pays ou par le gouverneur de l’État, sur la recommandation des conseils de direction.

La gratuité de l’enseignement ne peut plus continuer
Le financement de l’enseignement supérieur représente un autre domaine dans lequel l’absence d’autonomie institutionnelle se manifeste clairement. Avec l’augmentation des revenus pétroliers dans les années 1970, le gouvernement fédéral a pris en charge certaines universités d’État et a supprimé les frais de scolarité. En conséquence, ces établissements sont devenus extrêmement dépendants du centre pour la plupart de leurs besoins. Il n’est cependant plus possible de continuer à leur fournir un soutien d’une telle envergure.

En dépit de l’incapacité du gouvernement à faire face aux contraintes budgétaires les plus minimes, la politique de la gratuité de l’enseignement demeure en vigueur. Et pourtant les salaires sont souvent payés en retard, et les établissements en sont réduits à dépendre des allocations mensuelles versées par la capitale de leur État.

Un système éprouvé de bourses d’études fédérales et régionales a existé jusque dans les années 1980, époque à laquelle les cours du pétrole se sont effondrés. Le gouvernement fédéral a bien tenté de relancer les bourses d’études, mais son initiative a fait long feu en raison de l’imprévoyance et du manque de compétences en gestion. Les bourses d’études et de formation accordées par les États sont plus faciles à obtenir. Chose regrettable, ces soutiens ne sont pas dotés de fonds suffisants, de sorte que des milliers d’étudiants parfaitement qualifiés se trouvent dans l’incapacité de fréquenter des établissements d’enseignement supérieur en raison de leurs coûts prohibitifs. Progressivement, les enfants des familles démunies sont écartés du système.
Les universités privées demandent jusqu’à 7 000 $ en frais de scolarité, et très peu d’entre elles offrent de l’aide financière aux étudiants. La plupart des parents qui envoient leurs enfants dans des écoles privées ne le font pas pour la qualité de l’enseignement, mais plutôt en raison de l’instabilité des établissements publics.

Une réforme du secteur de l’enseignement supérieur s’impose Mme Obiageli Ezekwesili, nommée ministre de l’Éducation en 2006, a proposé toute une série de réformes d’envergure, y compris un projet controversé visant la consolidation de nombreux établissements d’enseignement supérieur. Le projet prévoit que tous les collèges fédéraux et les écoles polytechniques (à deux exceptions près) deviennent des satellites des campus universitaires. Selon ses partisans, les avantages de ce plan de consolidation consistent en une économie sur les coûts due à la réduction du nombre d’agences et autres organes administratifs chargés de la supervision. À long terme, cela devrait également permettre d’augmenter de 50 pour cent le nombre de nouveaux inscrits.

Les critiques du modèle portent sur le manque d’infrastructures et la qualité médiocre de l’enseignement dans plusieurs collèges et polytechniques. On suggère aussi qu’il s’agit d’un projet de la Banque mondiale puisque Mme Ezekwesili y occupera un poste dès 2007.

Quels que soient les résultats de ce plan de consolidation, il est absolument urgent de réformer en profondeur l’enseignement supérieur au Nigeria, de manière à permettre à ce secteur de croître et de prospérer. Comme l’a rappelé la ministre Ezekwesili, la crise que traverse le Nigeria est nationale, et non simplement liée à l’éducation.

Le nouveau président élu devrait déclarer l’état d’urgence en matière d’instruction publique. S’attaquer au dossier de la qualité de l’enseignement
et de la sécurité de son financement, à la fois par des sources publiques et privées, fera certainement partie de ses priorités. Mais il devra en aller de même avec la question de l’équité, sans oublier une réflexion destinée à savoir si l’approche traditionnelle de la gratuité des cours dans les institutions publiques, de pair avec l’aide financière limitée qui est offerte aux étudiants, est véritablement de nature à offrir des occasions de formation à des populations traditionnellement mal desservies. Le Nigeria doit s’intéresser aux expériences qui ont été réalisées dans d’autres pays, de manière à découvrir comment il pourrait améliorer tout à la fois l’équité et la qualité de son enseignement supérieur, tout en transcendant l’influence traditionnelle de la politique et des politiciens.

Kole Shettima est le directeur du bureau africain de la Fondation John D. et Catherine T. MacArthur à Abuja, au Nigeria. Il est également coprésident de la Higher Education Initiative in Africa. Il enseigne à l’Université Maiduguri au Nigeria, à l’Université de Toronto et à la Ohio State University. Il est également titulaire d’un doctorat de l’Université de Toronto.

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