|
Juin/Juillet 2007 dernières Nouvelles
cahier spécial
divers Page du praticien Page du Prés ident
|
||
Des changements fulgurants dans trois pays européensDe grands changements sont dans l’air tant en Allemagne, qu’en Suisse et en
L’Allemagne transfère des compétences à ses länder
REUTERS/Miro Kuzmanovic
Le président de l’Allemagne, Horst Köhler, accueille des étudiants Ã
l’Université de Tübingen en février 2007. Parmi tous les pays fédéraux du monde, l’Allemagne pourrait bien posséder le système d’éducation supérieure dont la mutation est la plus rapide. Sur les 82 millions d’habitants que compte le pays, environ deux millions fréquentent actuellement des programmes d’éducation supérieure, qu’il s’agisse d’universités ou de hautes écoles techniques ou professionnelles appelées Fachhochschulen. Parmi ces étudiants, deux tiers sont inscrits dans 121 universités et établissements équivalents, alors que 197 Fachhochschulen accueillent le tiers restant. L’Allemagne dispose également d’un système très élaboré et renommé de formation professionnelle. De manière générale, l’approche allemande se caractérise par son conservatisme, bien que son système subisse actuellement une transformation radicale sous les coups de boutoirs de la globalisation et de nombreuses autres pressions. Jusqu’à tout récemment encore, le système universitaire allemand s’était volontairement montré très homogène, au point que les diplômés ne se sont en général jamais identifiés à un établissement en particulier. Les formations de cinq ans étaient toutes présumées équivalentes et les établissements fondamentalement égaux. Aux termes de la Loi fondamentale – la Constitution allemande adoptée après la deuxième Guerre mondiale – l’instruction publique relève des länder, l’équivalent d’États ou de provinces, mais la tentation de disposer d’un système homogène au niveau national s’est révélée suffisamment forte pour qu’un Conseil national soit mis sur pied dès 1948, de manière à coordonner les politiques sur l’éducation supérieure. Il en est résulté l’adoption de ce que la Loi fondamentale appelle une législation-cadre fédérale établissant des normes et définissant des pratiques que les Les länder endossent une responsabilité nouvelle En raison de ce postulat d’égalité fondamentale de toutes les universités, il était difficile pour le système allemand de se plier aux exigences de la Déclaration de Bologne, notamment celles qui visaient à établir des normes communes pour les diplômes, les crédits et le contrôle de la qualité. Tout au contraire, la tradition germanique consistait à laisser chaque établissement libre de se prononcer sur la formation suivie dans un autre établissement. L’Allemagne se montrait également rétive au principe reconnu dans de nombreux autres pays, selon lequel certaines universités devaient être identifiées comme des centres d’excellence internationalement reconnus en matière de recherche et d’éducation supérieure, ou alors encouragées à le devenir. Elle n’appréciait pas non plus particulièrement la concurrence entre les établissements ; cette attitude a fini par susciter la crainte que l’Allemagne soit désavantagée dans un environnement économique globalisé devenu ultra compétitif. Tout a changé à la fin de l’année 2006 lorsque plusieurs modifications constitutionnelles sont venues modifier en profondeur les relations entre le gouvernement fédéral et les länder pour ce qui a trait à l’éducation supérieure. Ces réformes ont été motivées par la volonté de régler en partie le problème d’enchevêtrement constitutionnel entre les deux ordres de gouvernement. Elles ont donné lieu à un compromis au terme duquel une autorité non négligeable en matière de politiques a été transférée aux länder, en compensation pour la réduction de leur capacité à imposer un veto sur les lois fédérales. Partie intégrante de ces tractations, les länder se sont également engagés à endosser la responsabilité des politiques et des lois touchant à l’éducation supérieure, à condition que cela se révèle conforme à la Déclaration de Bologne. En conséquence, la traditionnelle formation quinquennale de premier cycle de l’Allemagne sera remplacée dès 2010 par un cursus de quatre ans qui sera suivi d’une maîtrise au second cycle. Instauration de frais de scolarité Tout cela représente une véritable révolution, mise en mouvement par les pressions de la concurrence internationale, mais aussi, du moins peut-on l’imaginer, par un désir d’accentuer la décentralisation et la souplesse du système allemand. Les étudiants qui s’acquitteront de frais de scolarité plus élevés constateront certainement une différence, et les diplômés arriveront sur le marché avec une formation différente de leurs prédécesseurs, à tout le moins sur le papier. Les länder les plus démunis éprouveront bien des difficultés pour financer leurs établissements d’enseignement supérieur au même niveau que les plus fortunés, ce qui pourrait entraîner une accentuation des différences régionales en matière de développement économique, peut-être en contrepartie d’un accroissement de la croissance économique nationale à long terme. Il est impossible de prédire si, dans une dizaine d’années, ce système se sera révélé meilleur ou pire que le précédent – et l’évaluation dépendra en La Suisse débourse davantage par étudiant
REUTERS/Andreas Meier
Des étudiants à leur arrivée sur le site de l’Université de Zurich. Un
nombre record d’étudiants étaient inscrits au trimestre débutant en octobre 2006, soit 24 000. La Confédération suisse est souvent dépeinte comme très décentralisée, et historiquement son mode de gestion de l’éducation supérieure correspond bien à cette description. De récentes modifications constitutionnelles ont affecté ce domaine et, bien qu’elles aient été lancées par les cantons, elles pourraient paradoxalement entraîner un renforcement de l’influence du gouvernement central (ou Confédération). En revanche, ce qui semble certain c’est que ces changements gouvernementaux vont augmenter l’autonomie institutionnelle et les responsabilités en matière de gestion. En 2004-2005, quelque 200 000 Suisses sur une population totale de 7,5 millions d’habitants fréquentaient un établissement d’enseignement Le soutien financier de la Suisse à ses universités est le plus élevé par étudiant de tous les pays de l’OCDE , soit actuellement environ 25 000 USD par année. Ce montant se compose presque intégralement de fonds publics – 1,6 pour cent du PIB , de sorte que la Suisse dispose de l’une des plus lourdes charges d’éducation supérieure dans le monde. Cette situation découle de la taille réduite du système et du niveau relativement bas des frais de scolarité, ce qui implique que davantage de fonds doivent provenir de sources publiques pour La Déclaration de Bologne transforme l’Europe La Suisse a signé la Déclaration de Bologne, qui a révolutionné l’enseignement supérieur à travers le continent, notamment par l’établissement de normes communes pour les diplômes, les crédits et le contrôle de la qualité en Europe. Il apparaît clairement que le processus actuellement en cours pour harmoniser le système suisse avec les exigences de Bologne, de même que la globalisation croissante de l’éducation supérieure, ont conduit les cantons suisses à renforcer leur coopération et à intégrer leurs systèmes universitaires. De manière à encourager une collaboration encore plus étroite à tous les niveaux de l’instruction publique, les cantons ont proposé féune modification constitutionnelle, adoptée en mai 2006, qui pourrait bien avoir un impact significatif sur la manière dont les gouvernements suisses appréhendent l’éducation supérieure. Dans son nouvel article 61a, la Constitution de 1999 consacre un « espace suisse de formation » au sein duquel Confédération et cantons « coordonnent leurs efforts et assurent leur coopération par des organes communs et en prenant d’autres mesures », et cela dans toutes les branches de l’instruction publique. Et bien qu’en Suisse les compétences résiduelles reviennent aux cantons, l’article 63a (alinéa 3) prévoit que la « C onfédération et les cantons veillent ensemble à la coordination et à la garantie de l’assurance de la qualité dans l’espace suisse des hautes écoles ». Il oblige de surcroît la Confédération et les cantons à conclure des accords et déléguer « certaines compétences » à des organes communs. Il se conclut (alinéa 5) en affirmant que si « la Confédération et les cantons n’atteignent pas les objectifs communs par leurs efforts de coordination, la Confédération légifère sur les niveaux d’enseignement et sur le passage de l’un à l’autre, sur la formation continue Comme cette modification constitutionnelle est toute récente, il n’y a pas encore d’accord portant sur les compétences pouvant être déléguées aux organes communs et, bien que la tradition de la coopération intercantonale soit fort ancienne en Suisse, cette clause pourrait fournir à la Confédération des instruments lui permettant de réglementer l’enseignement supérieur. Il est intéressant de voir que le système suisse, hautement décentralisé, et le système allemand, largement centralisé, se rapprochent l’un de l’autre sous la pression de forces extérieures. Il vaut également la peine de noter que ces deux pays ont été capables de recourir à des modifications constitutionnelles
En Belgique, les communautés sont les moteurs du changement
REUTERS/Nathalie Koulischer
Walter Fiers, un chercheur belge, dans son laboratoire de l’Université de Ghent. Il dirige une équipe qui a développé un vaccin universel à une seule dose contre la grippe (influenza), ce qui rendrait obsolètes les vaccins annuels.
Historiquement, la société belge s’est caractérisée par un triple clivage. Sur le front socio-économique, le travail et le capital se sont fait face. Linguistiquement, les Flamands néerlandophones et les Wallons francophones se sont combattus avec acharnement. Du point de vue idéologique, les catholiques d’un côté, les libéraux et les socialistes de l’autre ont manifesté de sérieux désaccords. Toutes ces divisions ont marqué le paysage politique de la Belgique. Dans les années 1950, un conflit idéologique majeur a menacé de paralyser le fonctionnement du système. Les catholiques d’un côté, les libéraux et les socialistes de l’autre, se sont violemment affrontés pour le financement de l’enseignement catholique et le contrôle de l’instruction publique. Entre 1950 et 1954, le gouvernement chrétien-démocrate a ébauché un cadre financier très favorable aux écoles et aux universités catholiques, et a tenté de mettre la main sur l’éducation non confessionnelle. Mais, en 1954, les socialistes et les libéraux, vainqueurs des élections nationales, ont formé une coalition qui s’est empressée de renverser les décisions du précédent gouvernement. Les législatives de 1958 ayant conduit à une impasse, les politiciens catholiques, socialistes et libéraux se sont vus contraints de trouver un compromis baptisé « Pacte scolaire ». Celui-ci est devenu une loi garantissant tout à la On passe de trois clivages à un seul Le financement des universités et des établissements de formation professionnelle incombe également aux communautés. Tant chez les francophones que chez les néerlandophones, on pratique surtout un système forfaitaire, mais cela pourrait bien changer. Le gouvernement flamand a proposé une nouvelle loi sur le financement comportant quatre éléments : un financement de base, des fonds incitatifs liés à certaines politiques prioritaires, une participation variable liée à l’enseignement et une autre liée à la recherche. La part variable liée à l’enseignement repose à son tour sur quatre critères : le nombre de nouveaux candidats de premier cycle, Les communautés soutiennent les étudiants La Flandre accorde de plus en plus d’attention au rôle des classements et des accréditations dans le choix des étudiants en faveur de telle université ou de tel Hogescholen. En 2006, quelques programmes ont reçu une accréditation, mais le gouvernement flamand souhaite qu’ils soient tous passés en revue aussi rapidement que possible par la commission d’accréditation. Dans ce contexte, le ministère flamand participe à un projet-pilote destiné à mettre sur pied un système multidimensionnel de classification des programmes de premier et de deuxième cycles. Cette étude, à laquelle participent également des établissements d’éducation supérieure des Pays-Bas, fait appel à laméthodologie utilisée par la classification allemande CHE. La Déclaration de Bologne a conduit la Flandre à remplacer son système traditionnel par un nouveau cursus comportant deux cycles. L’ancien cycle d’études unique des Hogescholen s’est transformé en un seul cycle professionnel, et les études à deux cycles ont pris la forme d’un programme académique de premier cycle suivi d’un programme de maîtrise. Les études universitaires ont également été transformées en deux cycles d’études. En revanche, aucune maîtrise professionnelle n’est prévue pour l’instant dans les Hogescholen. La Wallonie a connu un parcours identique. Le nouveau système a été entièrement mis en place et, depuis 2004, les diplômes de premier cycle sont décernés à la fois par les universités et les hautes écoles Les politiques convergent dans trois pays |
Richard Van Loon a servi en qualité de président et de chancelier de l’Université Carleton (Ottawa) de 1996 à 2005. Il a également été sousministre délégué auprès du ministère de la Santé, ainsi que du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien. Il a enseigné les sciences
Adrie Dassen est chercheuse associée auprès du Centre d’études |
|










