Juin/Juillet 2007

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Photo: Le président du Venezuela, Hugo Chavez (à gauche), salue certains de ses partisans lors d’une cérémonie se déroulant dans une université de Caracas.
REUTERS/Kimberly White
Le président du Venezuela, Hugo Chavez (à gauche), salue certains de ses partisans lors d’une cérémonie se déroulant dans une université de Caracas.

La Révolution et
l’éducation
supérieure sontelles
compatibles?

La politique du gouvernement
révolutionnaire commence à
métamorphoser les universités

par Maria Cristina Parra-San doval

En 1881, la première Constitution du Venezuela a décidé que le pays formerait une fédération. Cependant, la plupart des observateurs sont d’avis que le dénominateur commun de toutes les constitutions ultérieures a été un fédéralisme plus symbolique que fonctionnel, avec pour corollaire une structure très fragile.

L’élection régulière des gouverneurs et des maires dans chacun des 23 États que compte le pays a marqué la réussite la plus manifeste du système. Par ailleurs, certaines compétences ont bel et bien été partiellement transférées par le gouvernement central, particulièrement celles qui sont liées aux services de santé, à l’approvisionnement en eau et en énergie, de même que l’éducation primaire et secondaire. L’éducation supérieure, en revanche, a toujours relevé du gouvernement fédéral.

D’aucuns ont baptisé cette manière de faire « fédéralisme centralisé », le pouvoir de l’État central prenant le pas sur le concept de fédéralisme. En 1998, après quarante ans de régime démocratique, le nouveau gouvernement du président Hugo Chavez a été élu sur la promesse de fonder une nouvelle république. Le premier pas dans cette direction a été l’approbation d’une nouvelle Constitution l’année suivante, laquelle
se caractérisait avant tout par une évolution en direction d’une démocratie
participative se voulant sociale et ouverte à tous, en lieu et place de la
démocratie représentative instituée par l’ancienne Constitution de 1961.

Cependant, on attend encore la décentralisation et le transfert des services publics aux États et aux municipalités promis par le président Chavez. La plupart des observateurs sont d’avis que la nation vénézuélienne se dirige de nouveau vers un gouvernement à tendance centralisatrice et autoritaire.

L’éducation supérieure se présente comme un des dossiers où rien ne semble devoir changer, puisque le gouvernement fédéral continue d’incarner l’entité publique responsable en premier lieu de ce niveau d’éducation. Le financement, les décisions touchant l’admission des étudiants, la création d’établissements d’enseignement et de nouveaux programmes académiques, autant d’éléments qui relevaient jusqu’en 2002 du ministère fédéral de l’Éducation, ont été transférés au nouveau ministère de l’Enseignement supérieur, créé cette même année. Celuici a également repris la répartition des budgets entre les universités, tâche autrefois réservée au Conseil national des universités.

Expansion et diversification
Deux tendances majeures ont caractérisé le parcours vénézuélien en matière d’éducation supérieure au cours des dernières décennies. Premièrement, le système s’est développé, passant des sept institutions qu’il comptait en 1958 aux 169 que l’on dénombre aujourd’hui. Cette croissance a culminé dans les années 1970, le taux moyen d’inscription augmentant de 20 pour cent par an au cours des cinq premières années de la décennie. Deuxièmement, cette expansion s’est accompagné d’une diversification avec la création, après 1971, de nombreux établissements non universitaires (des collèges communautaires et des instituts de technologie) proposant un cursus de trois ans et un débouché plus rapide sur le marché du travail. En conséquence, le système d’éducation supérieure au Venezuela peut désormais se qualifier de bipolaire, comprenant 49 universités et 120 établissements d’enseignement supérieur non universitaire.

Parmi ces 49 universités, six sont des universités officielles autonomes, ce qui signifie qu’elles bénéficient de la liberté académique, organisationnelle, administrative et financière, bien qu’elles dépendent du gouvernement fédéral pour leur financement. Il existe également 43 universités dites expérimentales qui sont directement gérées par le gouvernement central et dont la seule liberté est académique.

Au Venezuela, on trouve plus d’étudiants inscrits dans les universités que dans les établissements non universitaires, soit 58 pour cent du total. Plus de la moitié des universités du pays sont des institutions privées qui n’ont pas très bonne réputation et dont l’impact social est limité, même si elles recueillent un cinquième de toutes les inscriptions.

Dans cet ordre d’idées, plus de la moitié des établissements non universitaires du pays sont également privés, enregistrant 70 pour cent des inscriptions dans ce secteur.

Un système dépendant largement du gouvernement fédéral
Le gouvernement fédéral finance tous les établissements publics d’éducation supérieure, tant pour l’enseignement que pour la recherche. La Constitution du pays leur interdit de demander aux étudiants de premier cycle d’acquitter des frais de scolarité. En revanche, elles sont autorisées à le faire pour les études de second cycle mais, dans la plupart des cas, ces frais demeurent peu élevés en comparaison avec les montants exigés par les institutions privées.

La clé de répartition fédérale pour la distribution de fonds aux établissements d’enseignement n’est pas fondée sur des indicateurs de qualité mais sur les inscriptions, le ratio entre étudiants et corps professoral, l’encadrement administratif, et les obligations croissantes engendrées par les retraites anticipées. Les subventions fédérales, sous forme de bourses, représentent aussi la principale source d’aide financière aux étudiants. L’État de Zulia constitue une exception : son gouverneur, Manuel Rosales, qui avait mené une campagne infructueuse contre le président Chavez lors des élections de 2006, a mis sur pied un programme d’aide financière aux étudiants des universités privées.

Une grande partie des fonds consacrés à l’éducation supérieure au Venezuela, comme d’ailleurs pour de nombreux autres services publics, découle des revenus du pétrole. Cette dépendance vis-à-vis de l’or noir ainsi que les multiples hausses des cours du pétrole au fil des ans ont fait en sorte que les dépenses liées à l’éducation supérieure au Venezuela sont relativement élevées, soit 2,4 pour cent du PIB . Les revenus du pétrole ont en outre fourni les fonds nécessaires à l’octroi de bourses et de prêts étudiants, un domaine dans lequel les États du Venezuela n’avaient pratiquement rien entrepris.

Le gouvernement fédéral représente également le principal soutien à la recherche consacrée aux sujets qu’il considère comme essentiels pour le développement national.

D’autres domaines restent sous la coupe du gouvernement central, comme la procédure d’admission, réglementée par le Test d’aptitude académique. Ce test mesure les capacités des candidats dans des domaines comme la lecture, le calcul et la compréhension, et son résultat détermine la répartition des étudiants entre établissements d’enseignement et métiers. De nombreux observateurs ayant critiqué ce test, jugeant qu’il accentuait l’exclusion, il a récemment été supprimé par le gouvernement fédéral.

La révolution fait son entrée à l’université
Le gouvernement vient de faire connaître sa politique en matière d’éducation supérieure pour les prochaines années. Selon ce nouveau plan, chaque État abritera une université spécialisée dans un domaine spécifique du savoir : sciences de la santé, sciences fondamentales, sciences économiques, sciences humaines, langues et tourisme, pétrole, prévention des catastrophes et sécurité humaine. Plusieurs des stratégies déjà mises en place seront également poursuivies.

Ce faisant, le gouvernement fédéral renforce sa mainmise sur toutes les matières touchant à l’éducation supérieure. Nombreux sont les observateurs à considérer qu’il s’agit là d’un retour en arrière, dans la mesure où le pays se dirigeait vers un modèle moins centralisé avant que ne débute la présente période révolutionnaire.

À l’heure actuelle, il ne semble rester que bien peu de place pour la négociation entre un gouvernement fédéral centralisateur et des États
qui ont perdu l’essentiel de la maigre autonomie qu’ils avaient pu s’assurer précédemment. De la sorte, il paraît évident que dans le dossier de l’éducation supérieure, comme d’ailleurs dans celui de toutes les autres fonctions gouvernementales, le gouvernement fédéral mettra en oeuvre des politiques permettant d’imposer le « socialisme du xxie siècle » correspondant à la vision idéologique du président Chavez.

L’enseignement supérieur au Venezuela semble être un instrument tout indiqué pour atteindre ce but.

Roberto Rodríguez-Gómez est professeur et chercheur à l’Institut de sciences sociales de l’Université nationale autonome du Mexique ainsi que membre de l’Académie mexicaine des sciences et du Système national des chercheurs. Il détient un doctorat en sciences sociales (sociologie).

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