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Plus de pouvoirs aux régions espagnolesLes communautés autonomes et les municipalités assument de nouvelles responsabilités
REUTERS/Gustau Nacarino
Le premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero (à droite) a appuyé la candidature de José Montilla à la présidence de la région de la Catalogne lors de la campagne électorale d'octobre 2006. M. Montilla a remporté les élections.
En Espagne, les discussions entre le gouvernement central et les 17 communautés autonomes que compte le pays sont parfois tumultueuses. Le débat concernant les revendications autonomistes du Pays basque est devenu des plus intenses à l’été 2007. Mariano Rajoy, membre du Parti populaire Au cours des dernières décennies, aucun pays ne s’est engagé aussi rapidement que l’Espagne sur la voie d’un système intergouvernemental. Peu après la disparition du dictateur Francisco Franco en 1975, la démocratie a été restaurée et la nation est devenue une fédération sans toutefois en prendre le nom. Il a en effet accordé l’autonomie aux régions et aux collectivités locales et réparti les compétences entre le pouvoir central et les « communautés autonomes » ou gouvernements régionaux. Cette répartition évolue par le truchement de lois-cadres, de la jurisprudence de la Cour constitutionnelle et de l’exercice quotidien des relations intergouvernementales. Les unités constituantes les plus déterminés ont surtout cherché à renforcer la décentralisation et la dévolution des compétences aux communautés autonomes et aux autres collectivités locales. En plus de ses 17 communautés autonomes, l’Espagne recensait en 2005, 50 provinces supramunicipales, 81 comtés, 8 107 villes ou corporations municipales, 909 consortia (partenariats verticaux entre des municipalités, des provinces, des communautés autonomes et l’État), 988 services intermunicipaux et quelque 3 700 entités inframunicipales et sociétés d’État. En 1986, l’entrée de l’Espagne dans l’Union européenne a influencé des domaines comme l’aménagement du territoire, l’élimination des déchets solides, la gestion des zones côtières, l’emploi et l’immigration. Les interactions entre gouvernements
REUTERS/Vincent West
Un représentant de Batasuna, un parti indépendantiste basque considéré comme illégal, prend la parole dans le cadre d'une conférence de presse tenue à San Sebastian en septembre dernier.
Le niveau macro : Cette forme d’interaction concerne les questions contentieuses au plan régional, celles qui impliquent d’ordinaire l’identité, les compétences ou les finances, et dont l’intérêt s’étend bien au-delà des frontières espagnoles. En fait, au moment de former des gouvernements de coalition, les partis régionaux négocient souvent des accords au sein du Parlement central. Les tensions politiques focalisent toujours l’attention et, bien que ces conflits soient importants et définissent d’une certaine manière les relations intergouvernementales, des préoccupations plus générales liées à la politique territoriale entrent également en ligne de compte. Dans cette dernière catégorie, on retrouve l’essentiel des politiques fondamentales, parmi lesquelles l’éducation, la santé, les services sociaux, l’aide au revenu, le développement économique et commercial, les transports, les collectivités locales et la gestion de l’environnement. Des lois nationales sur les élections, les finances de même que l’organisation et les services publics de base régissent le fonctionnement des collectivités locales. Le niveau méso : Le système espagnol est hautement interdépendant en ce sens que le centre élabore des lois-cadres et les communautés autonomes adoptent des lois et des règlements complémentaires à celles-ci. Le processus de mise en œuvre intéresse donc grandement tant un ordre de gouvernement que l’autre. Le pays étant doté d’un système de gouvernement parlementaire et de cabinet, ce processus est mené pour l’essentiel par les hauts fonctionnaires des deux ordres de gouvernement qui interagissent constamment, consacrant ainsi une forme de fédéralisme administratif. Il n’en va toutefois pas de même dans l’arène politique puisque les ministres et chefs de gouvernement espagnols interagissent dans une moindre mesure que ceux d’autres fédérations parlementaires comme l’Australie, le Canada et l’Inde. Cependant, un Conseil des présidents des communautés autonomes a récemment été institué au pays. Le Conseil et le premier ministre se réunissent de façon semestrielle afin de se pencher sur l’élaboration de politiques générales, laissant en général le soin de régler les autres dossiers aux rencontres bilatérales. Les questions liées à l’élaboration des politiques sont importantes pour l’établissement de relations intergouvernementales de type méso. Par exemple, Madrid ne réglemente que de manière très générale la planification urbaine et le zonage. Chaque communauté autonome dispose de ses propres lois touchant le développement urbain, les permis, la construction et les réglementations. Chaque municipalité doit élaborer et tenir à jour un plan décennal de développement approuvé par la communauté autonome et recensant les exceptions autorisées. Des procédures de planification et de fonctionnement similaires s’appliquent aux questions concernant les communautés autonomes et les collectivités locales pour ce qui a trait aux infrastructures, aux services sociaux, au soutien du revenu, aux services de santé et à l’éducation. Dans tous ces domaines, les questions intergouvernementales de niveau intermédiaire sont maintenant, pour l’essentiel, du domaine des relations entre communautés autonomes et collecti-vités locales, alors qu’elles relevaient auparavant du centre et des communautés autonomes. En conséquence, c’est dans les capitales des communautés autonomes qu’avancent bon nombre de ces dossiers. Les maires et leurs conseillers négocient avec des organismes régionaux sur des questions comme les finances sans oublier l’interprétation, le contrôle et l’approbation des politiques. De même, la principale organisation de défense des intérêts des unités gouvernementales, la Fédération espa-gnole des municipalités et des provinces, compte beaucoup sur le lobbying de ses organismes affiliés dans les communautés autonomes ainsi que sur les activités de défense des intérêts menées dans les communautés autonomes par ses homologues non affiliés au Pays basque et en Catalogne. Le niveau micro : Il s’agit du niveau opérationnel ignoré du grand public, là où les projets sont négociés, les normes mises en application et les contrats gérés. Nombre de petites municipalités espagnoles ne disposent pas d’une population ou de revenus suffisamment importants pour offrir toute la palette des services publics requis, comme l’approvisionnement en eau, l’élimination des eaux usées, la collecte des déchets, la construction de routes d’accès et l’assainissement. Trois possibilités s’offrent donc à elles : permettre à la province de s’en charger elle-même; s’entendre avec les municipalités adjacentes pour former un district spécial et proposer le service conjointement; ou alors, conclure un contrat de service avec une autre municipalité ou un fournisseur privé. Chacune de ces possibilités se révèle de nature intergouvernementale et toutes requièrent l’approbation de la communauté autonome. Les municipalités interagissent également avec les hauts fonctionnaires des communautés autonomes responsables de l’éducation concernant, par exemple, l’emplacement de nouvelles écoles. Les négociations intergouvernementales se déroulent dans le cadre plus large des relations intergouvernementales de type méso et macro. Dans les systèmes fédéraux, c’est à ce niveau que les rouages du gouvernement se mettent en branle – ou se coincent. Les mécanismes intergouvernementaux Les municipalités s’en sortent un peu mieux, dans la mesure où les impôts directs et indirects, les taxes, les frais et les autres sources de revenus s’élevaient, en 2002, à environ 65 pour cent des revenus locaux, auxquels s’ajoutent 13 pour cent de transferts de l’État, le reste provenant de transferts des provinces et des communautés autonomes. Toutefois, seule une petite partie de ces transferts sont inconditionnels, les autres dépendant de la réalisation de projets spécifiques. La dynamique des relations intergouvernementales La tradition dans les unités infranationales veut que l’Administration participe étroitement aux relations intergouvernementales. Le fédéralisme administratif et le fédéralisme exécutif représentent donc les modèles d’interactions les plus fréquents. Cela ne vient que renforcer la tendance à la fédéralisation des relations intergouvernementales espagnoles. |
Robert Agranoff est professeur émérite de l’École des affaires publiques et environnementales de l’Université de l’Indiana à Bloomington, et professeur titulaire à l’Institut universitaire Ortega y Gasset de Madrid. Il met actuellement la dernière main à un ouvrage consacré aux relations intergouvernementales en Espagne.
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