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Que tirer de l’expérience indienne ?
par george anderson
L’Inde, tout à la fois la plusgrande démocratie et la plus grande fédération de la planète, a vu le jour dans des circonstances particulièrement difficiles : la partition du pays, assortie des plus grands déplacements de population auxquels l’histoire ait jamais assisté, un taux d’alphabétisation avoisinant 12 pour cent, le spectre permanent de la famine et une mosaïque d’États et de principautés qui n’avaient encore jamais été gouvernés de concert.
Relevant ces défis d’une ampleur inégalée, la démocratie indienne a survécu et s’est même renforcée à mesure que s’accroissait la prospérité du pays. Cette réussite s’inscrit au nombre des développements politiques les plus positifs de l’après-guerre (les autres étant à mes yeux la décolonisation, l’intégration européenne et la chute de l’Union soviétique).
Le succès de l’Inde après son indépendance peut être attribué au dessein de ses pères fondateurs, à savoir l’établissement d’un pays pluraliste intégrant toutes les composantes de sa société, hommes et femmes, langues, régions, castes et religions. Leur vision s’est révélée démocratique et fédérale, laïque et respectueuse des droits des minorités. C’était celle, entre autres, de Gandhi et de Nehru durant leur longue quête d’indépendance. Les Indiens ont entrepris la rédaction de leur Constitution avec le plus grand soin. Une assemblée constituante de 300 membres a siégé pendant 165 jours sur une période de trois ans. Elle a bénéficié de l’assistance d’une cohorte de commissions, mais aussi de rapports et d’études minutieuses portant sur les expériences de nombreuses démocraties. Bien que les points de vue aient pu diverger sur des questions aussi fondamentales que les compétences des États ou les dispositions touchant les langues et les religions, au bout du compte la Constitution s’est présentée comme le fruit d’un débat généra-lisé et légitime au sein de la société indienne, et non pas comme le cadeau d’adieu d’un pouvoir impérial sur le départ.
Depuis son indépendance, l’Inde a dû surmonter pratiquement tous les obstacles qui peuvent se dresser sur le chemin des politiciens : guerres, insurrections, impérieuses revendications émanant de groupes linguistiques et religieux, tensions entre les classes et entre les castes, corruption et même une interruption de la gouvernance démocratique. Inévitablement, l’Inde a connu des jours sombres, et dans certains domaines ses performances se sont révélées décevantes. Mais dans l’ensemble son parcours traduit un remarquable succès qui a permis de préserver la vision des fondateurs, tout en consolidant la démocratie et en apportant des changements sociaux bienvenus.
Les fondateurs et les dirigeants de l’Inde ne se sont pas seulement laissés inspirer par les grandes heures de l’histoire du pays, mais également par les expériences et pensées politiques du monde entier. À son tour, le monde peut apprendre du parcours de l’Inde. L’Inde offre ainsi un cadre on ne peut plus approprié pour accueillir la Quatrième conférence internationale sur le fédéralisme. Cinq cents Indiens et autant d’experts et de praticiens venus de l’étranger confronteront leurs connaissances sur les thèmes de la diversité, du fédéralisme fiscal, de la gouvernance locale et des relations intergouvernementales.
Les Indiens seront certainement encore fidèles à leurs habitudes, soit toujours prêts à tirer des leçons des expériences des autres. Ce sera également l’occasion pour les autres pays de s’attarder sur les leçons à tirer de l’expérience de l’Inde. Par exemple, la réforme en profondeur qu’elle a menée à bien dans le domaine des collectivités locales a permis l’élection de trois millions de citoyens, ce qui a eu un impact considérable sur la prise de décision au niveau local et a permis de revaloriser le rôle des femmes. L’exemple de l’Inde peut se montrer extrêmement instructif pour de nombreuses démocraties encore fragiles dans les pays en développement et confrontées à des sociétés profondément diversifiées et souvent conflictuelles. De même, l’Inde abritant la deuxième plus importante population musulmane au monde ainsi que nombre d’autres minorités, elle peut servir de modèle à des démocraties instaurées de longue date qui doivent désormais faire face au multicultura-lisme et à l’apparition de minorités religieuses non négligeables. Son ampleur et sa complexité surpassent à de nombreux égards celles de l’Europe et donne lieu à de fort intéressants pa-rallèles et contrastes entre l’Inde et le projet européen d’intégration de communautés dans un environnement caractérisé par des tensions historiques et une incroyable diversité.
Cette conférence figure au centre de la mission éducative du Forum en termes d’expériences comparatives. Aucun endroit ne peut mieux l’accueillir que Delhi, a fortiori au moment où l’Inde célèbre ses 60 ans d’indépendance. 
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George Anderson est le Président et directeur général du Forum des fédérations.
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