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Un État nigérian presse le centre d’accorder le statut de zone franche à un complexe qui bat de l’aile
L’État de Cross River a investi 400 millions de dollars en coûts de développement

REUTERS/Akintunde Akinleye
En décembre 2007, le centre d’affaires touristique Tinapa, situé à Calabar, au Nigeria, était toujours vide. L’État de Cross River n’avait pas obtenu l’approbation définitive du gouvernement fédéral au préalable.
PAR Dejo Olatoye
Aujourd’hui, le complexe Tinapa ressemble davantage à une ville fantôme qu’à la zone franche présentée comme la réponse du Nigeria à Dubaï.
Le centre touristique et grand centre commercial, situé près de la côte atlantique du Nigeria, devait être le joyau de l’État de Cross River. Il aurait dû être en exploitation à l’heure actuelle et même produire à la chaîne des films pour « Nollywood », la vaste industrie du film du Nigeria. Le but était d’engendrer des revenus pour l’État en offrant des mar-chandises achetées en franchise aux riches Nigérians qui dépensent des millions de dollars à l’extérieur du pays dans des endroits comme Dubaï, ainsi que de renverser la balance commerciale en attirant les consommateurs de classe moyenne ascendante d’autres pays africains.
Cross River, l’un des 36 États du Nigeria, ne ressemble pas aux autres États du delta du Niger, comme Rivers et Bayelsa, car il y a peu de pétrole sur son territoire. Il dépend du revenu du compte de la fédération, qui finance tous les gouvernements régionaux et provient en grande partie des revenus du pétrole du Nigeria. Pour mettre sur pied le projet Tinapa, Cross River a dû contracter de considérables prêts bancaires.
Malheureusement, Cross River semble avoir mis tous ses œufs dans le même pa-nier. Un an après l’inauguration haute en couleur du centre d’affaires touristique Tinapa à Calabar, en avril 2007, aucun marchand international ou prestigieux ne s’y était encore installé. Le site Web de Tinapa comporte en outre bien peu d’attrait pour les entreprises ou les consommateurs : il présente un calendrier presque vide et des photos d’une conférence de presse, ce qui n’est pas particulièrement inspirant. Fondé sur des modèles d’installations semblables à Dubaï, à Hong Kong et ailleurs, le projet de 400 millions de dollars américains visait à combiner affaires et loisirs. Toutefois, pour une raison ou pour une autre, le projet a fait long feu.
Dans le but de financer la construction, un prêt de 45 milliards de nairas (382 millions de dollars américains) a été contracté par l’État de Cross River, qui avait alors pour gouverneur Donald Duke. Cross River a emprunté de l’argent à plusieurs banques commerciales ainsi que sur les marchés financiers. On prévoyait que Tinapa représenterait un succès instantané et une source de revenus pour Cross River.
Le centre touristique reste vide
Cependant, aucune zone franche n’a encore été créée. Tinapa est devenu un endroit où l’on vend des téléphones cellulaires et des cartes d’appel. Le concours Miss Nigeria, qui a eu lieu à la fin mai 2008, s’est révélé sa plus importante activité jusqu’à présent. Par conséquent, le centre touristique n’a pas encore produit suffisamment de revenus pour payer l’intérêt sur ses prêts. Le fardeau des versements a déjà eu des répercussions néfastes sur l’économie de Cross River.
Le gouvernement fédéral a prélevé de la part du compte de la fédération qui re-vient à l’État de Cross River les montants nécessaires pour servir cette dette, ce qui a eu un effet important sur la capacité de l’État à s’acquitter de ses autres fonctions de manière efficace. Par exemple, le projet de monorail reliant l’aéroport et le centre touristique, qui devait être financé conjointement par l’État et le gouvernement fédéral, ne peut être construit, car Cross River est à court d’argent. Les promotions et les hausses salariales au sein de la fonction publique ont également été retardées.

REUTERS/Sunday Aghaeze
Umaru Yar’Adua (à droite), président du Nigeria, s’adresse à ses partisans au cours de l’élection de mars 2007. M. Yar’Adua et Liyel Imoke, gouverneur de l’État de Cross Rivers, ont hérité de la pierre d’achoppement que représente le Complexe Tinapa.
Le directeur général du centre touristique, Bassey Ego Ndem, a affirmé que Tinapa était conçu pour offrir aux entrepreneurs nigérians une solution de rechange à Dubaï et pour retenir une partie des importantes sommes d’argent qui sortent du Nigeria. M. Ndem explique les problèmes de Tinapa par le fait que le gouvernement fédéral n’a pas fourni de soutien juridique aux activités du centre touristique. Selon lui, ce soutien devrait inclure l’attribution du statut de zone franche à Tinapa.
Le bureau de l’ancien président Obasanjo aurait assuré le gouvernement de l’ancien gouverneur Duke que Tinapa pourrait profiter du statut de zone franche. Toutefois, aucun document ne prouve que l’ancien président ait pris cet engagement.
Le projet Tinapa est encore pris en considération par le gouvernement fédéral, mais le service des douanes a jusqu’à présent refusé de lui donner son aval. M. Ndem a affirmé que la présence à Tipana d’agents des douanes qui exécutent les ordres du centre, soit de bloquer les opérations de la zone franche, a représenté un gros obstacle à ses activités.
Les investisseurs prennent peur
Liyel Imoke, gouverneur actuel de l’État de Cross River, a profité d’une récente cérémonie publique pour exhorter le gouvernement fédéral à adopter des lois qui permettraient aux activités économiques du centre de commencer à plein régime. Il a affirmé que l’absence de ce soutien juridique et la présence d’agents des douanes faisaient fuir les investisseurs.
Nya Asuquo, Ph. D., ancien maître de conférences en sciences économiques à l’Université de Calabar, a offert un point de vue différent : il affirme que Tinapa « est un autre produit du penchant du Nigeria pour les projets tape à l’œil, dispendieux et peu rentables, qui ne peuvent être viables sur le plan économique en raison du niveau de développement régional actuel ». Selon M. Asuquo, il faudra établir un bon réseau routier et des services aériens et ferro-viaires efficaces pour que Tipana puisse réellement devenir une entreprise viable sur le plan économique. Il a ajouté que l’idée de reproduire Dubaï à Calabar tenait du rêve et ne correspondait pas aux réalités socioéconomiques du pays.
L’hôtel Tinapa, qui comprend 243 chambres et offre une vue sur la rivière, est censé être prêt pour les matchs de la Coupe du monde de la FIFA pour les athlè-tes de moins de 17 ans, qui auront lieu au Nigeria en 2009. En février 2008, le gouverneur Imoke a mis sur pied un comité d’organisation local composé de 21 membres et ayant pour mandat de rivaliser avec les autres États nigérians pour obtenir le privilège d’organiser les matchs. Le comité vante les mérites des installations de Calabar.
Cependant, en avril, l’hôtel du complexe Tinapa, qui pourrait accueillir les équipes, les médias et les spectateurs, n’était pas encore ouvert. Bassey Ndem, directeur général de Tinapa, a déclaré que l’on en était encore à peaufiner le projet d’hôtel, et il a ajouté qu’il n’y avait pas encore de site Web ou de numéro de téléphone. Il a affirmé qu’il ne pouvait pas spécifier à quel moment le centre serait opérationnel, car l’État de Cross River attend que le gouvernement fédéral adopte une loi habilitante pour mettre le complexe sur les rails.
L’aéroport de Calabar, le Margaret Ekpo International Airport, devait représenter un moyen clé pour amener les Nigérians et les visiteurs internationaux à Tinapa.
En mars 2008, on n’y trouvait qu’une seule piste, de 2500 mètres, et seuls quatre transporteurs aériens – tous du Nigeria – utilisaient cet aéroport. En avril 2007, l’ancien gouverneur de Cross River a organisé une cérémonie de mise en chantier d’un monorail de treize kilomètres reliant l’aéroport à Tinapa. Un an plus tard, bien que des études de faisabilité et une enquête aient été effectuées, on n’avait pas encore commencé les travaux de construction.
Des gouverneurs novateurs
Même si Cross River dispose d’une plus grande réputation d’honnêteté que d’autres États du pays, on explique le fait que le complexe Tipana est en grande partie inactif par la corruption que l’on trouve ailleurs, particulièrement dans le service fédéral des douanes du Nigeria. Même un service des douanes honnête pourrait avoir des raisons d’hésiter avant d’ouvrir une zone franche d’une telle importance.
En effet, un article de l’agence de presse Reuters paru en décembre 2007 rapportait les paroles d’un haut fonctionnaire indiquant que le service des douanes a « tout intérêt à ce qu’il n’y ait pas de zone franche ». De plus, il est possible que le gouvernement fédéral éprouve des réticences à renoncer aux recettes fiscales que l’établissement d’une zone franche inté-rieure lui ferait perdre, et ce, en échange de la croissance économique d’un seul État.
Investissement improductif
Peu importe à qui la faute, un fait demeure incontestable : Tinapa demeure un vaste investissement improductif. La résolution de ce problème représente sans doute le plus grand défi que doit relever le gouverneur Imoke. Un an plus tôt, The Economist applaudissait l’État de Cross River et sa « transformation impressionnante au cours des huit dernières années », attribuée à Donald Duke, prédécesseur de M. Imoke.
M. Duke, alors gouverneur de Cross River, était un être aimable et affable. Il ne prenait pas part aux controverses et ne s’inscrivait pas parmi les proches de M. Obasanjo. Si les relations entre le gouvernement fédéral et l’État de Cross River étaient cordiales lorsque les deux hommes étaient en fonction, c’est parce que M. Duke évitait les confrontations avec M. Obasanjo. Avec le recul, il semble que la plus grande erreur de M. Duke consiste à avoir cru aux promesses verbales non documentées de M. Obasanjo à propos de l’établissement d’une zone franche.
Depuis son élection en 2007, le président nigérian Umaru Yar’Adua, un ancien professeur de chimie, arbore un style de gestion qui inspire le respect. En effet, même les membres de l’opposition considèrent qu’il apporte un souffle nouveau. Toutefois, pour remettre le projet Tipana sur les rails en collaboration avec M. Imoke, il devra faire appel à toutes ses habiletés interpersonnelles, et encore. 
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Dejo Olatoye, un journaliste vivant à Ibadan, au Nigeria, a été rédacteur en chef adjoint de la <i>News Agency of Nigeria</i>.


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