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Malaisie : les sièges perdus en région affaiblissent le gouvernement de coalition

REUTERS/Tim Chong
Le premier ministre de la Malaisie, Abdullah Ahmad Badawi, célèbre sa réélection avec le vice-premier ministre du pays, Najib Razak, à Kuala Lumpur, le 9 mars 2008. Le parti au pouvoir en Malaisie a subi ses plus grandes pertes électorales à ce jour lorsque l’opposition a remporté 5 des 13 élections régionales.
PaR FRANCIS LOH
Bien que le gouvernement du Front national du premier ministre malais Abdullah Badawi ait été réélu en mars 2008, il n’a remporté qu’un peu moins des deux tiers des sièges, chiffre qui lui aurait autrement assuré la majorité au Parlement. En effet, puisqu’il n’occupe plus que 140 des 220 sièges, il ne peut plus modifier la Constitution comme bon lui semble.
Le Front national a aussi été évincé dans 5 des 13 législatures régionales, soit dans les trois États les plus industrialisés, situés dans la péninsule, et les deux États les plus pauvres, dans le nord du pays. Le fédéralisme centralisé de la Malaisie pourrait donc connaître des changements prochainement.
La coalition au pouvoir, formée d’un parti sino-malais et d’un parti indo-malais, et dirigée par un parti malais, reflète la diversité du pays. La coalition a été formée à la suite de l’élection de 1969 et des émeutes raciales qui ont suivi.
En 1990 et en 1995, des efforts concertés ont été déployés pour briser l’emprise de la coalition sur le Parlement. Les deux tentatives ont échoué en raison d’un manque d’appui: des Malais dans le premier cas, des non Malais dans le second cas.
La coalition pouvait autrefois compter sur ses partis pour lui assurer la victoire en mobilisant les communautés inter-ethniques, particulièrement dans les circonscriptions mixtes, mais ce n’est plus le cas.
Volte-face de l’électorat
Les élections de mars dernier ont altéré cette situation. Un important changement de position au sein de l’électorat indo-malais, traditionnellement en faveur de la coalition, a été accompagné d’un changement de position aussi prononcé de la part de l’électorat sino-malais en faveur de l’opposition. Ces changements s’ajoutent au ralliement des Malais derrière le Parti de la justice populaire, un parti d’opposition.
La campagne du Parti de la justice popu-laire était dirigée par le charismatique Anwar Ibrahim, autrefois vice-premier ministre. Il a effectué un retour en politique après plus de deux ans d’incarcération en raison de fausses accusations de sodomie et d’abus de pouvoir. Sous la direction de M. Ibrahim, le parti de l’opposition s’est déplacé vers le centre et a établi des pactes électoraux avec le Parti islamique de Malaisie et le Parti d’action démocratique musulman, majoritairement non malais.
Résultat : la coalition du Front national a subi un important recul au profit d’une coalition non officielle et peu structurée réunissant les trois partis de l’opposition.
Jeyakumar Devaraj, Ph. D., du Parti de la justice populaire, a affirmé que lorsqu’ils ont commencé leur campagne, ils ne s’attendaient pas à une victoire.
« À notre grande surprise, nous avons gagné le soir de l’élection », a affirmé M. Devaraj, qui a défait Samy Vellu, membre du parti indo-malais du Front national, ministre fédéral des Travaux publics et l’un des quatre ministres vaincus dans le cadre de l’élection.
Les Indo-Malais ont exprimé leur colère par rapport à leur marginalisation économique et politique en tenant, en novembre dernier à Kuala Lumpur, une grande manifestation organisée par un groupe appelé le Front d’action des droits hindous.
Les Sino-Malais étaient mécontents du ralentissement de l’économie et de l’inaptitude du gouvernement du Front national dirigé par le premier ministre Badawi à promouvoir la compétitivité de la Malaisie à l’échelle régionale.
Ils étaient également outrés des actions du chef des jeunes du Parti malais du Front national lors de l’assemblée du parti. Brandissant une dague malaise à double tranchant, dégainée, celui-ci a demandé le retour des politiques de discrimination à rebours en faveur des Malais.
On s’inquiétait également de l’inflation causée par les augmentations du prix de l’essence, de l’accroissement des taux de criminalité ainsi que des allégations de corruption et d’abus par les chefs du Front national au sein de conseils municipaux et de gouvernements régionaux.
Ces questions urbaines expliquent peut être pourquoi les États les plus développés de Penang, de Selangor et de Perak, ainsi que 10 des 11 sièges du territoire fédéral de Kuala Lumpur sont tombés entre les mains de l’opposition.
À Penang, Lim Guan Eng, 47 ans, secrétaire général du Parti d’action démocratique, a été nommé nouveau ministre en chef. L’élection de celui qui a maintenant la tâche de favoriser des relations harmonieuses avec le gouvernement fédéral du Front national, qui l’a empri-sonné dans le passé en a surpris plusieurs.
Il a déclaré qu’il examinera bon nombre des « mégaprojets » approuvés par le gouvernement régional du Front national. Dans l’État de Selangor, son homologue du Parti de la justice populaire examine également le projet de privatisation de l’eau de son prédécesseur du Front national étant donné que le peuple et les États ne semblent pas profiter de l’entente signée.
On s’attend maintenant à ce que le gouvernement fédéral de Kuala Lumpur mette un frein à l’empiétement de la coalition sur les pouvoirs des gouvernements régionaux, ce qui permettrait à la Malaisie de tirer parti des résultats de l’élection et renforcer la fédération. 
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