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janvier/FÉVRIER 2009
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L’Australie a soif : composer avec des sécheresses touchant plusieurs États
IMAGE SOURCE/ WILFRIED KECICHWOST
Des précipitations à la baisse et des niveaux d’emmagasinement d’eau plongeants secouent Melbourne, la seconde ville en importance en Australie. On espère qu’un projet d’usine de dessalement et un pipeline reliant la ville à une source située 70 km au nord atténueront les pénuries d’eau chroniques que connaît Melbourne.
Pour les étrangers, les mots « Australie » et « eau » évoquent probablement des plages, la Grande Barrière de corail de la côte est ou encore les marécages infestés de crocodiles du Territoire du Nord. Mais pour la plupart des Australiens, l’eau se fait de plus en plus rare. Le peuple et le gouvernement de l’Australie sont actuellement aux prises avec la plus grave crise de l’eau de leur histoire. Des sécheresses prolongées, exacerbées par les changements climatiques, ont entraîné des restrictions sur l’utilisation de l’eau dans toutes les villes et tous les villages de la partie méridionale du continent, où réside la majorité de la population, et ont significativement réduit l’approvisionnement en eau d’irrigation. Les Australiens s’ajustent difficilement à cette nouvelle et troublante réalité. Plusieurs se plaisent depuis longtemps à réciter le populaire poème de Dorothea Mackellar intitulé My Country qui décrit ce « pays brûlé par le soleil » comme une terre « de sécheresses et de pluies diluviales ». L’Australie dépeinte dans ce poème publié en 1908 disparaît à vue d’œil. La dernière décennie a été ponctuée de longues sécheresses et de bien peu de pluies diluviales. L’Australie est le plus aride des continents habités. Il présente le taux de précipitation le plus variable au monde, ainsi que la plus faible proportion d’eau de ruissellement atteignant les rivières. La constante recherche d’eau douce a caractérisé les premières explorations de l’Australie. Mais les rivières découvertes par les explorateurs ne ressemblaient en rien à celles d’Europe. Elles s’étendaient sur les plaines inondables dans les années humides pour se transformer en une série de mares dans les périodes sèches. Les rivières enflent, puis s’assèchent Malgré son importance pour l’Australie, le Murray est de taille comparativement modeste. Le débit journalier de l’Amazone équivaut au débit annuel du Murray. De plus, ses cruciaux marécages s’assèchent depuis quelque temps. Les vieux gommiers rouges se meurent, les populations d’oiseaux aquatiques migrateurs et les poissons autochtones ont fortement baissé et les lacs situés tout au bout du réseau hydrographique s’assèchent. Le bassin Murray-Darling, qui s’étend sur une région de la taille combinée de la France et de l’Allemagne, constitue le grenier de l’Australie. Composé de terres en bordure du fleuve Murray, de la rivière Darling et de tous leurs affluents, le bassin englobe la majeure partie du territoire de la Nouvelle-Galles-du-Sud ainsi que de grandes parties de Victoria, de l’Australie-Méridionale et du Queensland – quatre des six États de l’Australie – ainsi que le Territoire de la capitale australienne. On s’attend à ce que le pays, qui exporte plus de 70 pour cent de sa production agricole, tire 30 milliards AUD (20,4 milliards USD), ou environ 20 pour cent de ses revenus d’exportation, de ce secteur cette année. Une grande partie de ses activités agricoles s’effectuent dans ce vaste bassin. Une décennie plus tôt, tous les États convenaient que trop d’eau était tirée de la rivière, sans pourtant réussir à s’entendre sur un plan pour limiter l’utilisation de cette eau. Le contrôle de l’eau représentait déjà un sujet très controversé au moment de la rédaction de la Constitution de l’Australie dans les années 1890, en grande partie en raison de l’importance du transport fluvial pour le commerce. L’article 98 de la Constitution a étendu la compétence du Parlement fédéral sur le commerce aux domaines de la navigation et du transport des marchandises. Cette compétence était toutefois limitée par l’article 100 qui stipule que le gouvernement fédéral « ne doit pas, au moyen de toute loi ou de tout règlement sur le commerce, restreindre le droit d’un État ou de ses résidants à l’usage raisonnable de l’eau des rivières à des fins de conservation ou d’irrigation ».
REUTERS/Mick Tsikas
Aux environs de la ville de West Wyalong, un producteur de céréales examine sa récolte de blé perdue. Sa ferme se trouvait en plein centre de la région touchée par la sécheresse en 2007. Ce district produit généralement une grande partie du blé qui a fait de l’Australie le deuxième exportateur de blé au monde, mais il n’a presque rien produit en 2007. La seule bonne nouvelle pour le secteur agricole de l’Australie est que le rapide déclin du rendement des cultures n’a pas encore poussé les agriculteurs à vendre leurs fermes.
Le bassin fluvial Murray-Darling se trouvant dans le territoire de compétence de quatre gouvernements étatiques, il s’est récemment trouvé au centre d’une des plus grandes controverses des vingt dernières années pour ce qui concerne le fédéralisme australien. De plus, l’incommode répartition des compétences a encore accentué ce conflit interétatique : l’eau est contrôlée par les États, tandis que la plupart des subsides de sécheresse relèvent du fédéral. Lorsque le gouvernement de l’ancien premier ministre John Howard a annoncé un Plan national pour la sécurité de l’approvisionnement en eau de 6,7 milliards USD en 2006, il est passé à deux doigts de conclure une entente sur l’eau avec les États. Les fonds devaient être investis dans la mise à niveau de systèmes d’irrigation inefficaces et le rachat de concessions d’eau. Une nouvelle autorité, dotée de davantage de pouvoirs, gérerait le bassin Murray-Darling. Cette loi de 2007 sur les ressources en eau du gouvernement de M. Howard s’appuyait sur un large éventail de compétences fédérales (les affaires externes, le commerce, les corporations et les territoires, par exemple). La loi a été adoptée, mais le plan était subordonné à une condition : les États du bassin Murray-Darling devaient transférer toutes leurs compétences sur les eaux du bassin au gouvernement fédéral. Victoria, l’État le plus urbanisé d’Australie, a refusé. Aucune entente n’a donc pu être dégagée avant la fin du mandat du gouvernement conservateur de M. Howard en novembre 2007. Le nouveau gouvernement fédéral du premier ministre Kevin Rudd s’est attaqué à la controverse et a conclu une nouvelle entente avec les États – Victoria y compris – en juillet 2008, mais l’entente lui coûtera des milliards de dollars. M. Rudd a pu conclure une entente avec les États parce qu’il a l’avantage d’être le chef du parti travailliste de l’Australie, un parti également au pouvoir dans chacun des six États. Les États se butent L’entente intergouvernementale signée en juillet 2008 prévoit la mise en place d’une nouvelle autorité qui aura la compétence de gérer les eaux du bassin. L’entente stipule que « les gouvernements s’engagent à adopter une nouvelle culture et de nouvelles pratiques de gestion et de planification pour l’ensemble du bassin, par le truchement de nouvelles structures et de nouveaux partenariats ». Le 4 décembre 2008, le Sénat australien a approuvé un nouveau projet de loi qui a fait de cette entente une loi donnant au gouvernement fédéral la compétence sur l’eau du bassin fluvial Murray-Darling alors qu’une terrible sécheresse sévissait dans le bassin (cf. Le grenier de l’Australie maintenant sous contrôle fédéral). À présent qu’une entente intergouvernementale a été conclue, l’Australie devra s’aventurer dans une course contre la montre pour résoudre ses problèmes de pénurie d’eau, la triste réalité des dernières années en toile de fond. Le pays s’est en effet significativement asséché au cours de la dernière décennie. Tenir bon en temps de sécheresse Le Murray est un microcosme des infortunes qui touchent l’ensemble des ressources en eau de l’Australie. Le secteur de l’agriculture du pays a été gravement touché. De 2001-02 à 2007-08, la production laitière a chuté de 19 pour cent tandis que la production céréalière s’est vue réduite de moitié pendant les pires années, soit 2002, 2006 et 2007. En 2007-08, la culture de coton était à son plus bas depuis 1982, et la culture de riz à son plus bas en 60 ans. Cette diminution de la production agricole en toile de fond, l’endettement rural total a doublé de 2002 à 2007, les revenus agricoles passant de 8,1 milliards USD en 2001-02 à 3,3 milliards USD en 2007-08. Maigre consolation pour le secteur agricole, seule une faible proportion d’agriculteurs australiens ont quitté leurs terres en dépit des temps difficiles. En général, les agriculteurs conservent leurs fermes en temps de sécheresse et les vendent lorsque la pluie revient. Le pays a déjà connu de graves sécheresses, mais, selon Mme Craik : « des précipitations moyennes n’entraînent plus un débit entrant moyen [d’eau s’écoulant dans les ruisseaux et les rivières] ». Le rôle de la Commission, que remplace à présent l’Autorité sur le bassin Murray-Darling (Murray-Darling Basin Authority), consiste à gérer la rivière Murray et le réseau hydrographique Menindee de la rivière Darling inférieure, ainsi qu’à conseiller le bureau du ministre sur des questions liées à l’utilisation de l’eau, des terres et des autres ressources environnementales du bassin Murray-Darling. L’eau de ruissellement représente un facteur clé des écosystèmes. Il s’agit, selon le dictionnaire Oxford, de « la quantité de pluie ou de neige fondue qui est transportée hors d’une zone par des ruisseaux et des rivières » [traduction]. Moins de 10 pour cent de l’eau de ruissellement atteint le bassin Murray, alors qu’on parle d’une moyenne de 39 pour cent en Europe et de 52 pour cent en Amérique du Nord, deux continents où les quantités d’eau de ruissellement atteignant les cours d’eau avant d’être absorbés par le sol ou de s’évaporer sont beaucoup plus appréciables. Cette situation démontre jusqu’à quel point le sol de cette région australienne est aride et assoiffé, celui-ci absorbant la majeure partie de l’eau de ruissellement avant qu’elle puisse se jeter dans les ruisseaux et les rivières. Le bassin Murray-Darling se trouve donc très vulnérable aux effets des hausses de température, lesquelles accroissent l’évaporation. Une hausse d’un degré dans le bassin réduit le débit du fleuve de 15 pour cent, ce qui représente environ 1 850 gigalitres d’eau en moins. Le bassin a atteint des records de température au cours des trois dernières années. En 2007, l’année la plus chaude jusqu’à présent, la température s’élevait à 1,1 degré Celsius au-dessus de la normale. Au cours des 10 dernières années, les débits entrants du Murray et de ses affluents au sud ont gravement diminué. Ils se révèlent en fait plus bas que les niveaux prévus pour 2030. Il s’agit là d’une dure conséquence des changements climatiques. « Nous pensions nous retrouver face à cette situation dans 50 ans peut-être, mais pas maintenant », a affirmé M. Craik. L’important à présent sera de déterminer si les mesures ont été prises à temps pour sauvegarder le Murray, presque à sec pour l’instant. On dispose d’à peine assez d’eau pour alimenter les villes et villages, et pas suffisamment pour l’environnement (mise en valeurs de parcs et de terres) ou
Le grenier de l’Australie maintenant sous contrôle fédéralLe gouvernement fédéral a pris le contrôle du bassin fluvial Murray-Darling, le grenier de l’Australie, au moment où une terrible sécheresse sévissait dans cette vaste région agricole. Le 15 décembre 2008, un nouvel organisme, l’Autorité du bassin Murray-Darling (Murray-Darling Basin Authority) a remplacé la Commission du bassin Murray-Darling (Murray-Darling Basin Commission). L’organisme, qui dispose de plus de compétences que son prédécesseur, établira une limite sur la quantité d’eau pouvant être tirée du système. Le Parlement, avec l’appui réticent de l’opposition, a adopté une loi octroyant l’autorité sur le bassin au gouvernement fédéral à la suite de négociations réussies avec les États. Les États et le gouvernement fédéral se sont mis d’accord, en principe, sur diverses parties du plan, d’abord en avril, puis en juillet 2008. En raison de la sécheresse, les débits d’eau de la rivière n’ont jamais été aussi bas qu’au cours des deux dernières années. Il était donc impératif d’atteindre un équilibre entre les besoins environnementaux et les besoins économiques du bassin, la plus grande région agricole irriguée de l’Australie. L’urgence de cette tâche, conjuguée aux besoins des villes avoisinantes de divers États, a convaincu les Australiens de faire du bassin une responsabilité fédérale. L’opposition était en faveur du projet de loi, mais considérait que celui-ci n’allait pas assez loin. Des sénateurs de l’opposition conservatrice, soit du Parti libéral et du Parti national, avaient déjà tenté, sans succès, d’empêcher la construction d’un pipeline permettant à l’État de Victoria de tirer annuellement 75 milliards de litres d’eau du bassin. Le gouvernement travailliste du premier ministre Kevin Rudd travaille actuellement sur un plan de sauvetage de 8,7 milliards USD qui vise à préserver les ressources en eau du bassin, lesquelles ne cessent de s’amenuiser. Un nouvel organisme de gestion du bassin a ainsi été mis sur pied et il devrait bientôt s’atteler à la tâche de restreindre les quantités d’eau pouvant être tirées du bassin. |
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Asa Wahlquist est rédactrice rurale pour le quotidien The Australian. Elle est l’auteur de Thirsty Country: Options for Australia. |
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