janvier/FÉVRIER 2009


EN ÉDITORIAL

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cahier spÉcial : L’EAU ET LES RELATIONS INTERGOUVER-NEMENTALES

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Le débit forcé du Nil : les pays en aval

PAR Tamrat G. Giorgi


Le Nil, le plus long fleuve du monde et le réservoir de l’Afrique, constitue une source intarissable de tension entre l’Éthiopie - où ce cours d’eau historique prend sa source - et l’Égypte, le principal bénéficiaire de cette eau biblique.
Le Nil se révèle si précieux pour l’Égypte – 95 pour cent de la population du pays habitent sur ses berges ou près de celles-ci – que l’ancien président égyptien Anwar Sadat a déjà menacé d’entrer en guerre avec l’Éthiopie si elle portait atteinte au Nil Bleu – l’embranchement du Nil qui tire son origine en Éthiopie et dont la route vers la Méditerranée passe par le Soudan et l’Égypte. L’autre principal embranchement du Nil, le Nil Blanc, prend sa source au lac Victoria – un cours d’eau que se partagent la Tanzanie, le Kenya et l’Ouganda.

« Il faut l’avouer, la plupart des ressources en eau [de l’Éthiopie] se trouvent dans le bassin du Nil », affirme Imeru Tamrat, expert dans le domaine de la gestion de l’eau. En effet, environ 85 pour cent de l’écoulement naturel du Nil à Aswan, en Égypte, provient de l’Éthiopie.

« Le Nil continue d’occuper l’avant-scène du débat public, tant pour les médias que pour le gouvernement », a affirmé M. Tamrat en entrevue. Il a été négociateur en chef de l’Éthiopie pour les questions liées au Nil.

Le désert couvre 98 pour cent du territoire de l’Égypte, et 64 millions des habitants du pays occupent quatre pour cent du territoire. Une étude mandatée par la United States Agency for International Development prévoit que l’Égypte connaîtra un déficit hydrique de 16 à 30 pour cent d’ici la fin du siècle.

Voilà ce qui explique la déclaration de l’Égypte présentant l’eau du Nil comme « une priorité essentielle à la sécurité nationale ».

Dans plusieurs fédérations, une grande partie du fardeau de la gestion de l’eau revient aux unités infranationales, le gouvernement central se chargeant de gérer au mieux les rivières et les lacs qui traversent plus d’une région de la fédération.

Toutefois, pour l’Éthiopie, la dimension transfrontalière représente un défi tout aussi, sinon plus, important.

Mis à part un traité de 1959 qui alloue toutes les ressources en eau à deux pays – 55,5 milliards de mètres cubes d’eau par an à l’Égypte et 18,5 milliards de mètres cubes au Soudan – il n’existe aucune entente officielle sur le partage de l’eau entre les 10 pays du bassin du Nil.

« Plusieurs pays du bassin partagent notre point de vue sur l’utilisation de l’eau du Nil », affirme le premier ministre de l’Éthiopie, Meles Zenawi, lors d’une convention du parti au pouvoir, le EPRDF, en septembre. « Le point de vue de l’Égypte présente néanmoins quelques divergences qui ne sont, je crois, qu’une question de négociation ».

Tous les pays du bassin du Nil ont déployé de considérables efforts pour s’entendre, des efforts qui semblent prometteurs. Les 10 pays du Nil collaborent au sein de ce qui a été appelé l’Initiative du bassin du Nil (IBN) depuis 1999.

L’IBN se veut un moyen d’aider les pays du bassin à faire passer leurs relations de conflictuelles à coopératives ainsi que de stimuler la confiance mutuelle par la réalisation de projets conjoints. Elle restera en place jusqu’à la signature d’une entente globale sur le partage des eaux du Nil.
La Banque mondiale gère un fonds en fiducie à bailleurs de fonds multiples qui vise à financer la première phase des projets d’investissement de l’IBN. Les coûts ont été estimés à 3 milliards.

En fait, les premiers projets d’investissements sont déjà en train, dont notamment des projets d’irrigation en Éthiopie et en Égypte, un projet intégré de mise en valeur des ressources en eaux des bassins de Tana et de Beles en Éthiopie, et la jonction des réseaux nationaux de distribution d’électricité de l’Éthiopie et du Soudan qui permettra à l’Éthiopie de vendre ses surplus d’énergie hydroélectrique à son voisin.

M. Tamrat affirme que l’Initiative du bassin du Nil s’est donné un but précis : « L’objectif de base de l’Initiative ne consiste pas d’assigner des volumes d’eau ».

« Il s’agit plutôt de partager les bénéfices des ressources. Il y aura un système d’irrigation conjoint. La production alimentaire peut également être partagée. La gestion des bassins hydrologiques et les questions environnementales en font aussi partie. »

Le premier ministre du pays résume la situation en quelques mots : « l’Initiative ne représente pas une entente sur le partage de l’eau en soi, mais une possibilité d’entente à venir ». Forum logo

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Tamarat G. Giorgis est rédacteur en chef de Fortune, l’hebdomadaire d’affaires au plus fort tirage en Éthiopie.

 

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