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Le jeu fédéral des reproches
PAR George Anderson
Certaines fédérations se livrent parfois au « jeu des reproches ». Quand on inscrit « blame game », l’expression anglaise correspondante, sur Google, les premières entrées qui apparaissent concernent les troubles de la personnalité limite et la dynamique psychologique des relations infantiles. Un parallèle un peu trop facile avec les relations fédérales ?
Des politiciens de différents ordres de gouvernement se livrent au jeu des reproches afin de faire porter la faute des échecs à d’autres. Ce jeu va à l’encontre de l’une des vertus attribuées au fédéralisme, à savoir une meilleure reddition de comptes aux électeurs.
Parfois, c’est le jeu lui-même qui indigne les électeurs. Au cours des dernières élections fédérales en Australie, Kevin Rudd promit que son Parti travailliste mettrait fin à un jeu des reproches bien précis, celui qui opposait le gouvernement libéral de Canberra aux gouvernements travaillistes des États. Il était à peine entré en fonction en tant que premier ministre qu’il mit en place un nouveau programme fédéral réduisant les subventions conditionnelles d’une centaine à quelques-unes seulement, et proposant des mesures de contrôle bien moins envahissantes. En échange, les États élaboreront divers standards permettant d’évaluer leur efficacité.
En 2005, l’ouragan Katrina, le désastre naturel le plus dévastateur de l’histoire des États-Unis, a frappé la côte du Golfe du Mexique du centre de la Floride au Texas. Elle a aussi dévasté la réputation de nombre de politiciens et fonctionnaires ainsi que l’image que se faisaient quantité d’Américains de leur régime fédéral.
Un événement de la sorte représente une excellente occasion de se pencher sur le jeu des reproches dans un régime fédéral parce que le public s’intéresse de beaucoup plus près aux détails d’un désastre d’envergure qu’à la plupart des enjeux. Publius : The Journal of Federalism a récemment consacré tout un numéro à l’attribution du blâme entourant l’ouragan Katrina.
Les politiciens sollicitent les votes et évitent les reproches. Pour ce qui concerne Katrina, les ratés se sont avérés spectaculaires et dramatiques. Qui blâmer ? Les politiciens n’ont pas toujours été les seuls à pâtir. Le manque de communication entre gouvernements, les difficultés physiques que posait la zone touchée, et les gouvernements en général ont souvent été pointés du doigt. Lorsqu’un gouvernement ou un politicien en particulier était ciblé plus que les autres, les opinions se révélaient fortement influencées par les partisans. Les médias ont en outre joué un rôle déterminant en structurant le débat : les nouvelles touchant l’attribution du blâme portaient surtout sur le gouvernement fédéral. Les électeurs plus raffinés avaient davantage tendance à blâmer des fonctionnaires ou des gouvernements en particulier que les électeurs moins raffinés (en général plus pauvres et moins instruits). Tout compte fait, même si la partialité partisane a influé sur les opinions de la population, les faits présentés ont aussi pesé dans la balance, ce qui a donné lieu à une faible, mais plutôt diffuse, reddition de comptes.
Ce serait trop décourageant si les choses s’arrêtaient là. Quand ça tourne mal, il est primordial que les gouvernements et les fonctionnaires tirent des leçons de leur expérience et corrigent leurs tirs. Plusieurs enquêtes officielles ont été effectuées à la suite de l’ouragan Katrina, de même que plusieurs examens poussés menés par des chercheurs et d’autres experts indépendants. Tous ont démontré que les trois ordres de gouvernement avaient commis des erreurs – tous étaient donc à blâmer. Ils ont aussi démontré qu’il existait de sérieux problèmes structuraux et de ressources humaines à l’échelle fédérale.
Plusieurs de ces problèmes concernaient la manière dont l’organisation responsable des mesures de sécurité avait été intégrée au sein du nouveau Département de sécurité nationale (Homeland Security), lequel s’intéresse davantage au terrorisme qu’aux désastres naturels. Ces enquêtes contiennent des leçons politiques claires.
Malheureusement, ces leçons n’ont pas été adéquatement converties en réformes au sein des gouvernements et entre eux. Et l’attention du public n’y est plus. Non seulement est-il regrettable de ne pas mettre à profit d’importantes leçons, mais les reproches formulés ne sauraient sans doute être mieux justifiés. Or, le public ne s’en rendra probablement compte que lors du prochain désastre.
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